
À retenir
Peint vers 1620-1630, le Portrait d’une jeune femme est une huile sur panneau de Pierre Paul Rubens et son atelier, conservée au Mauritshuis de La Haye. Figure majeure du Baroque flamand, Rubens dirige à Anvers l’un des plus grands ateliers d’Europe, où collaborent des assistants comme Antoine van Dyck et Jacob Jordaens. Ce portrait illustre la production de commande destinée à l’élite du XVIIe siècle : parure de perles, plumes d’autruche et étoffes précieuses y affirment un statut social. L’identité du modèle demeure inconnue, et la part exacte revenant au maître, par rapport à l’atelier, reste débattue par les historiens de l’art.
Quel portrait ! En parcourant les collections du Mauritshuis, j’ai été saisi dès le premier regard. Il y a une aménité, une présence tranquille dans ce visage, et un costume rendu avec un soin qui force l’admiration. Quelles couleurs, surtout : de près, on mesure la précision de la touche, la façon dont la matière capte la lumière du panneau. La délicatesse de la main et les roses qu’elle tient disent, à mon sens, une ouverture précieuse à la vie, un petit geste qui adoucit tout le tableau. J’aime beaucoup ce portrait. Il tranche avec la scène de la vieille femme et du jeune garçon aux bougies que nous avions regardée récemment sur Vmuseum : là, tout jouait sur l’ombre et la flamme ; ici, ce sont la lumière et la couleur qui me marquent le plus.
Regardez d’abord sa main. Deux roses roses y reposent, pétales déjà ouverts, presque lâches. Une pointe de rouge, un feuillage vert sombre, une tige qui plie. Puis le regard remonte, lentement : les perles en poire qui pendent au corsage, la chaîne d’or et de pierres, le bleu profond du satin. Tout ici appelle le toucher. Et pourtant, elle vous regarde à peine. Son sourire flotte, presque suspendu.
Ce que cache la surface
Approchez encore. L’huile sur panneau, ce chêne poli, retient la lumière comme peu de supports. Pierre Paul Rubens pose des glacis translucides sur les carnations, puis frappe les perles d’un empâtement blanc, vif, presque humide. Le satin bleu vibre de touches parallèles. La fourrure sombre, elle, boit la clarté et l’éteint. Sentez la différence des matières sous le pinceau : la nacre dure, la plume légère, la peau tiède. Les plumes d’autruche moussent au-dessus du béret noir. Un ruban rouge y jette une note brève. Derrière elle, un rideau rouge tombe en lourds plis ; un gland de passementerie pend à gauche, chaud, soyeux. Autour du cou, un rang de perles ; sur la poitrine, une broche sertie de pierres et de gouttes nacrées. Ce luxe se lit du bout des doigts. L’œil glisse, revient, s’attarde sur chaque nœud bleu, chaque goutte de nacre. Pourtant, plusieurs mains ont couru sur ce panneau. Le maître d’Anvers et son atelier peignent ensemble, selon l’usage du Baroque flamand. La chair respire, le costume éclate. Le nom de cette jeune femme, lui, s’est perdu.
Rubens et son époque
Pierre Paul Rubens règne sur Anvers au XVIIe siècle. Peintre, diplomate, érudit, il dirige le plus grand atelier d’Europe. Van Dyck et Jordaens y font leurs armes. Les cours de Madrid, Paris et Londres se disputent ses toiles. Vers 1620-1630, il multiplie les portraits d’un luxe éclatant : perles, plumes, brocarts, chaînes d’or. Ses modèles veulent être vus autant qu’immortalisés. Cette inconnue appartient à cette élite. Sa parure la place très haut. Son visage, lui, garde une douceur presque ordinaire, à contre-emploi du faste. Le titre dit une jeune femme ; la peinture, elle, montre un rang social, pas une identité.
Une actualité qui éclaire l’atelier de Rubens
En janvier 2026, l’attribution des œuvres de Rubens a de nouveau fait l’actualité : à la BRAFA, le marchand bruxellois Klaas Muller a dévoilé une étude de tête longtemps restée anonyme, un vieillard barbu vers 1609, désormais rendue au maître d’Anvers, avec l’appui prudent de l’ancien directeur de la Maison Rubens, Ben van Beneden. Fait remarquable, la restauration a fait resurgir sous la barbe une première composition retournée : une tête de jeune fille, réemployée puis recouverte, révélant les habitudes de l’atelier. Ce cas éclaire la mention « et atelier » de notre Portrait d’une jeune femme : dans la production foisonnante de Rubens, distinguer la main du maître de celle de ses collaborateurs, et démêler les couches d’un même panneau, reste aujourd’hui encore l’un des grands défis des historiens de l’art.
Source : Artprice
Une question pour vous
💭 Placeriez-vous ce portrait du côté de Titien pour la couleur, dont Rubens hérite, ou de Van Dyck, qui fut son assistant, pour l’élégance ?
À propos de cette œuvre
- Portrait d’une jeune femme
- Pierre Paul Rubens (et atelier)
- vers 1620-1630
- Huile sur panneau
- 98 × 76 cm
- Mauritshuis, La Haye
- https://www.mauritshuis.nl/fr/decouvrir-la-collection/oeuvres-d-art/251-portrait-of-a-young-woman






