
À retenir
Peinte vers 1616-1617 par Pierre Paul Rubens, Vieille Femme et Garçon avec des Bougies met en scène une aïeule tenant une chandelle dont un jeune garçon allume la sienne. Conservée au Mauritshuis de La Haye, elle compte parmi les premières scènes nocturnes réalisées aux Pays-Bas dans le style du Caravage, que Rubens avait découvert en Italie entre 1600 et 1608. Son fort clair-obscur et son sujet, lié à un vers d’Ovide sur la lumière que l’on transmet sans la perdre, en font un jalon du caravagisme baroque. Rubens la conserva jusqu’à sa mort, en 1640.
Ce qui me marque dans ce Rubens, c’est ce geste minuscule qui contient tout le tableau : le garçon, penché par-dessus l’épaule de la vieille femme, allume sa bougie à la sienne. Une lumière qui se transmet à la jeunesse. Le clair-obscur, hérité du Caravage que Rubens avait découvert en Italie, resserre la scène autour de ces deux visages baignés d’une lueur rougeâtre et laisse le reste sombrer dans l’ombre : une intimité fabriquée par la seule flamme. J’y vois une symbolique très belle, celle de la transmission, d’autant plus troublante que la vieille femme, le regard intérieur, semble à peine remarquer l’enfant. Rubens lui-même a résumé l’idée sur une gravure de la composition, en citant Ovide : une lumière peut être prise mille fois d’une autre sans jamais s’épuiser.
Vous êtes devant une scène tendre. Ou plutôt, vous croyez l’être. Une flamme chauffe deux visages dans le noir. Le reste du panneau se dérobe. Regardez d’abord la lumière, avant le sens.
Ce que la toile vous dit
La vieille femme tient une chandelle. Le garçon penche sa propre bougie vers la flamme. La main de l’aïeule protège le feu. La lueur vire au rougeâtre et sculpte les rides. Rubens travaille ici le clair-obscur typique du caravagisme, découvert en Italie.
Ce que l’époque vous dit
Rubens ne vend pas ce tableau. Il le garde pour son atelier. Vers 1617, il fait graver la scène. Il y inscrit un vers d’Ovide, tiré de l’Art d’aimer. On peut prendre mille fois la lumière d’une autre sans la diminuer. Le poète y peint une vieille femme seule, la nuit, songeant à ses amours perdues.
Pierre Paul Rubens (1577-1640), maître baroque d’Anvers, revient d’Italie nourri du Caravage. Ce nocturne compte parmi ses premiers essais caravagesques aux Pays-Bas. Il le conserve jusqu’à sa mort.
Actualité du Mauritshuis : un échange inédit
Le Mauritshuis continue de faire vivre son fonds flamand. À l’automne 2026, le musée de La Haye s’associe au Museo Nacional Thyssen-Bornemisza de Madrid pour un échange inédit : vingt-cinq chefs-d’œuvre de chaque collection voyagent simultanément, une première entre deux grands musées internationaux. Parmi les tableaux prêtés à Madrid figure une autre œuvre où intervient Rubens, Le Jardin d’Éden avec la chute de l’homme (vers 1615), peint avec Jan Brueghel l’Ancien, preuve de la place qu’occupe l’artiste anversois dans la collection qui abrite aussi notre Vieille Femme et Garçon avec des bougies. L’exposition Thyssen-Bornemisza ❤ Mauritshuis est visible du 15 octobre 2026 au 17 janvier 2027
Source : mauritshuis.nl
Une question pour vous
💭 Et si cette flamme passée d’une bougie à l’autre racontait aussi Rubens transmettant le Caravage aux peintres du Nord ?
À propos de cette œuvre
- Vieille Femme et Garçon avec des Bougies
- Pierre Paul Rubens
- vers 1616-1617
- Huile sur panneau
- 77 x 62,5 cm
- Mauritshuis, La Haye
- https://www.mauritshuis.nl/fr/decouvrir-la-collection/oeuvres-d-art/1150-vieille-femme-et-garcon-avec-des-bougies






