
Nicolas Poussin, jeune peintre français exilé en Italie, plonge dans l’Antiquité. Il fusionne deux dieux en un seul corps : Bacchus, maître du vin, et Apollon, dieu des arts.
La fusion divine
Au centre, une figure masculine se dresse, couronnée de lierre. Elle tient un thyrse, bâton sacré de Bacchus, d’une main assurée. Des guirlandes de feuilles lui enveloppent le corps avec sensualité. À gauche, une figure assise en robe ocre joue d’un instrument. Deux putti l’encadrent, l’un perché dans l’arbre, l’un au sol. Poussin travaille à l’huile sur toile avec une palette chaude : ocres, bruns, chairs lumineuses. La composition est pyramidale, équilibrée, classique.
Deux dieux, une seule âme
Dans la Rome du XVIIe siècle, les humanistes débattent du lien entre ivresse créatrice et inspiration poétique. Poussin répond en images. Il crée une figure syncrétique : Bacchus-Apollon réunit la puissance dionysiaque et l’harmonie apollinienne. Cette dualité fascinait les Anciens. Elle fascine aussi les mécènes romains qui commandent alors des sujets mythologiques raffinés. L’œuvre s’inscrit dans le courant classiciste naissant, influencé par Raphaël et les frises antiques que Poussin étudie assidûment.
Nicolas Poussin
Nicolas Poussin (1594–1665) quitte la Normandie pour Paris, puis s’installe à Rome en 1624. Fondateur du classicisme français, il construit des compositions rigoureuses nourries de philosophie et de mythologie. Ce tableau appartient à sa période de formation italienne, intense et expérimentale.
Une question pour vous
💭 Les frises antiques et Raphaël nourrissent ici chaque geste, chaque drapé, l’imitation des Anciens est-elle pour vous une contrainte ou un tremplin créatif ?
À propos de cette œuvre
- Bacchus-Apollon
- Nicolas Poussin
- 1620–1625
- Huile sur toile
- 98 × 73,5 cm
- Nationalmuseum, Stockholm
- https://collection.nationalmuseum.se/en/collection/item/19729/
Le syncrétisme antique : Bacchus et Apollon réunis
Nicolas Poussin s’installe à Rome au milieu des années 1620 et y absorbe la double leçon de Raphaël et des frises antiques qu’il étudie avec une attention d’antiquaire. Bacchus-Apollon illustre le syncrétisme mythologique prisé par les cercles humanistes romains du XVIIe siècle : la figure centrale, couronnée de lierre et portant le thyrse, attribut de Bacchus, est aussi dotée d’une sérénité et d’une beauté solaire qui évoquent Apollon, dieu des arts et de la lumière. Cette fusion de deux divinités opposées, l’une incarne l’ivresse dionysiaque, l’autre l’harmonie apollinienne, traduit l’idée d’une inspiration artistique qui réconcilie raison et enthousiasme, ordre et débordement.
Poussin et la formation du classicisme français
Cette oeuvre de jeunesse annonce déjà ce qui fera la singularité de Poussin dans le paysage artistique européen : une composition pyramidale héritée de Raphaël, une palette de tons chauds, ocres, bruns, chairs lumineuses, qui doit à l’étude des antiques colorisés et des peintres vénitiens, et une rigueur dans l’organisation de l’espace pictural qui se distingue de l’exubérance baroque contemporaine. La présence de putti et du musicien en robe ocre à gauche enrichit la scène d’une dimension allégorique supplémentaire : la musique, l’une des disciplines du dieu Apollon, est ici convoquée comme attribut d’une inspiration poétique double, bachique et lumineuse. Conservé à Stockholm depuis le XVIIe siècle, ce tableau témoigne du rayonnement précoce de Poussin auprès des collectionneurs du nord de l’Europe.
