
Anvers, vers 1660. Un poète est là, tendu vers l’inspiration. Polymnie, muse de la poésie lyrique, le fait boire. L’eau de l’Hippocrène va couler. Le génie, peut-être, va naître.
Une scène habitée par la lumière dorée
Au centre, une figure drapée d’ocre tient une lyre. Elle domine une assemblée de personnages : muses aux chairs nacrées, enfants musiciens, figures allégoriques. Jordaens peint large, généreux. Sa touche est charnelle, presque sculpturale. En arrière-plan, une cascade jaillit. Dans le ciel dramatique, des putti virevoltent. Et tout là-haut, à gauche : Pégase, le cheval ailé, bondit du sommet du Parnasse.
Le Parnasse flamand
Au 17e siècle, la poésie est un art noble, une quête divine. Jordaens représente ici un programme iconographique précis : Polymnie offre au poète l’eau sacrée de l’Hippocrène, source jaillie du sabot de Pégase sur le mont Hélicon — que la tradition baroque confond souvent avec le Parnasse. Boire cette eau, c’est recevoir l’inspiration. Ce type d’allégorie savante fleurit dans les cours et les cercles humanistes flamands. Le tableau célèbre la puissance créatrice.
Jacob Jordaens
Jacob Jordaens (1593–1678) s’impose comme l’un des piliers du baroque flamand, aux côtés de Rubens dont il fut l’élève et le collaborateur. Anversois toute sa vie, il développe un langage pictural puissant et charnel : corps robustes, drapés expressifs, lumières contrastées héritées du caravagisme. Il peint avec une énergie débordante, sans jamais sacrifier la précision du détail. Ce tableau en est l’illustration parfaite — baroque dans la forme, humaniste dans l’âme.
Une question pour vous
💭 Au 17e siècle, on croyait que l’inspiration se recevait. Aujourd’hui, on dit qu’elle se travaille. Jordaens avait-il tort ?
À propos de cette œuvre
- Allégorie du poète
- Jacob Jordaens
- vers 1660
- Huile sur toile
- 162,56 × 117,48 cm
- Los Angeles County Museum of Art (LACMA)
- https://collections.lacma.org/node/206280






