
À retenir
Peint vers 1636-1638 par Frans Hals, le Portrait d’un membre de la garde civique de Haarlem relève de l’âge d’or de la peinture hollandaise. Il figure un milicien de la ville, reconnaissable à son écharpe orange, couleur de sa compagnie. Hals, maître du portrait baroque installé à Haarlem, y déploie sa touche rapide et libre, annonciatrice de l’impressionnisme. Le tableau compte parmi les deux seuls portraits individuels de garde civique connus de l’artiste, ce qui explique sa place singulière dans son œuvre, dominée par les grands portraits de groupe. Il est conservé à la National Gallery of Art de Washington.
Frans Hals excelle dans les portraits enjoués, presque espiègles, je pense au Portrait de Jan van de Poll ou à ses joyeux buveurs de Mardi Gras. Ce Portrait d’un membre de la garde civique de Haarlem reste dans la même verve, et c’est précisément ce que j’aime : cette bonhomie, ce côté vivant qui donne l’impression que le modèle vient tout juste de se retourner vers nous. On le sent dans la touche même de Hals, rapide et sûre, qui pose le col et les reflets en quelques coups de pinceau enlevés, une vraie liberté d’exécution. Le jeu de couleurs achève de me séduire : l’écharpe orange vibrante tranche sur le reste du costume, tandis que la fenêtre ouvre au loin sur un paysage bleuté qui aère toute la composition et fait respirer le portrait.
Haarlem, vers 1637. Un col de dentelle claire retombe sur une cuirasse de fer noir. L’homme pose une main sur la hanche. Il sourit, sûr de son rang. Dans l’atelier, Frans Hals fixe l’instant.
Ce que ce Portrait d’un membre de la garde civique de Haarlem donne à voir
Regardez la matière. La dentelle du col n’est pas dessinée, elle est jetée en touches vives, sèches, presque abstraites de près. Sous elle, le plastron de fer avale la lumière. La grande écharpe orange ceint la taille, épaisse et froissée, chargée de rouges et de jaunes superposés. Le buffle clair du pourpoint capte le jour. Le chapeau noir à large bord coiffe une chevelure brune et libre. À droite, une fenêtre s’ouvre sur un lointain bleuté. Sa main gantée s’enfonce dans l’ombre du bas. Hals travaille alla prima, dans l’huile fraîche, sans repentir visible. Chaque coup de pinceau reste lisible. Le costume dit le soldat, le sourire dit le notable.
Ce que l’époque de Frans Hals raconte
En 1568, sept provinces des Pays-Bas se soulèvent contre l’Espagne. La guerre d’indépendance durera jusqu’en 1648. Au début, les milices de Haarlem se battent avec bravoure. Quand Hals peint ce portrait, le front s’est éloigné vers le sud. La garde civique devient sociale plus que guerrière. D’où la dentelle sur la cuirasse, et les poignets ajourés, signes d’une paix presque revenue. Chaque bataillon compte trois compagnies, aux couleurs du drapeau rebelle : orange, blanc, bleu. Notre homme sert dans une compagnie orange. La large écharpe le trahit. L’orange saute aux yeux. Ces compagnies défilent, banquettent, veillent sur la cité. Haarlem n’oublie pas ses sièges. Le fer et la dentelle cohabitent sur un même torse. La guerre s’éloigne, le rang demeure.
Frans Hals entre dans la garde de Saint-Georges dès 1612. Il en peint plusieurs grands portraits de groupe, gloire de sa carrière. Ce tableau reste l’un des deux seuls où il montre un garde seul. Les spécialistes le datent de la fin des années 1630. Ils le rapprochent des Officiers de la garde de Saint-Georges, vers 1639, conservé au musée Frans Hals. Hals s’y glisse au fond, à gauche, le regard vers nous. Ce visage, ici, ressemble étrangement au sien.
Actualité de l’œuvre
Ce portrait n’est actuellement pas visible à Washington : la National Gallery of Art l’a prêté au Figge Art Museum de Davenport (Iowa) dans le cadre de son initiative Across the Nation, lancée en 2025 pour le 250e anniversaire des États-Unis. L’œuvre y figure au sein de l’exposition The Golden Age: Featuring Northern European Works from the Collection of the National Gallery of Art, qui réunit dix œuvres d’Europe du Nord (1537–1700) signées notamment Lucas Cranach l’Ancien, Antoine van Dyck et Frans Hals. En avril 2026, ce programme de prêts aux musées régionaux a été pérennisé grâce à un don record de 116 millions de dollars de la Mitchell P. Rales Family Foundation.
Source : Figge Art Museum de Davenport (Iowa)
Une question pour vous
💭 Le fer de la cuirasse dit la guerre, la dentelle dit le salon : lequel des deux Haarlem ce portrait a-t-il voulu retenir ?
À propos de cette œuvre
- Portrait d’un membre de la garde civique de Haarlem
- Frans Hals
- vers 1636-1638
- Huile sur toile
- 86 x 69 cm
- National Gallery of Art, Washington D.C.
- https://www.nga.gov/artworks/75-portrait-member-haarlem-civic-guard
