
À retenir
Peint entre 1675 et 1677, l’Autoportrait au turban est une huile sur toile réalisée par Wallerant Vaillant, artiste né à Lille en 1623 et actif principalement à Amsterdam durant le Siècle d’or hollandais. Formé à Anvers auprès d’Erasmus Quellinus, il s’illustre d’abord comme graveur, notamment par la diffusion de la technique de la manière noire, avant que des recherches récentes ne réévaluent l’importance de sa production peinte. Cette toile relève du genre du tronie, prisé dans les Provinces-Unies, où le modèle est costumé plutôt que représenté fidèlement. Le turban, importé par les comptoirs commerciaux néerlandais, illustre la fascination de l’époque pour l’Orient. L’œuvre est conservée au Clark Art Institute, à Williamstown, dans le Massachusetts.
Ce portrait me fascine. La qualité d’exécution y est presque photographique : le rendu de la peau, ses nuances, ses reflets, mais surtout la texture du turban, restent bluffants avec le recul. Le Siècle d’or hollandais n’a décidément pas fini de livrer des trésors.
Vaillant est aujourd’hui davantage connu pour ses gravures, en particulier ses manières noires. Mais cette toile tardive prouve que son art était tout aussi virtuose en peinture. Je regarde le brillant du tissu, sa texture presque palpable, la manière dont la lumière accroche les plis : tout donne envie de tendre la main pour vérifier si l’étoffe est vraiment aussi douce qu’elle en a l’air.
Cette mode du turban et de l’Orient se retrouve chez de nombreux peintres contemporains de Vaillant. Elle témoigne de la fascination qu’exerçaient alors, aux Pays-Bas, les marchandises rapportées par les comptoirs exotiques et le commerce colonial naissant. Un détail qui, à lui seul, en dit long sur l’époque et sur ce que ce genre de tableau représentait pour ses commanditaires.
Ce que vous voyez en premier dans cet Autoportrait au turban
Regardez d’abord le tissu. Rouge sombre, traversé de fils d’or et de bleu, il s’enroule en plis épais. La lumière s’y accroche, glisse, se perd dans les franges. Puis le regard descend vers les yeux qui vous fixent de biais.
Ce que cache la surface
Sous l’apparente simplicité du buste, la technique multiplie les strates. Vaillant construit le turban par glacis successifs, jouant sur les micro-reflets du fil doré tissé dans la soie. Chaque frange semble avoir sa propre source de lumière. La peau reçoit un traitement inverse, lisse, presque sans empâtement. Ce contraste entre matière rugueuse et douceur du visage crée une tension optique propre à l’huile sur toile.
Sous le turban, la tenue reste sobre : chemise simple, veste brune sans ornement. Le luxe se concentre sur la tête, comme si l’identité du modèle se jouait tout entière dans ce drapé. Le fond, presque noir, absorbe toute distraction. Peint entre 1675 et 1677, ce portrait relève du tronie, genre prisé dans les Provinces-Unies : une tête étudiée pour elle-même, costumée plutôt que ressemblante. Le turban vient d’ailleurs, importé par les comptoirs de la Compagnie néerlandaise des Indes orientales.
Wallerant Vaillant et son époque
Wallerant Vaillant naît à Lille en 1623, l’un des cinq frères tous devenus artistes. Formé à Anvers auprès d’Erasmus Quellinus, il s’installe à Amsterdam où il bâtit sa réputation de portraitiste. Il peint aussi à la cour de Louis XIV, pour Anne d’Autriche. La postérité retient surtout ses manières noires, technique de gravure qu’il contribue à populariser en Europe. Sa peinture, plus rare, garde la même exigence de matière et de lumière.
Actualité
Ces dernières années, les recherches menées par l’historienne de l’art Nadine Rogeaux ont permis de réévaluer la place de la peinture dans l’œuvre de Wallerant Vaillant, un pan de sa production longtemps éclipsé par ses arts graphiques, notamment la gravure en manière noire, technique dont il fut l’un des principaux promoteurs. Ce travail de recherche contribue à mieux faire connaître le peintre au-delà de sa réputation de graveur virtuose.
Du côté du Clark Art Institute, où est conservé cet Autoportrait au turban, l’année 2026 est marquée par un événement majeur pour les collections anciennes : le musée présente, à partir de juin 2026, un premier aperçu de la collection Aso O. Tavitian, un legs de 331 œuvres d’art européen reçu par l’institution en 2024 et considéré comme l’une des collections privées d’art européen les plus importantes assemblées en Amérique du Nord au XXIe siècle. Le directeur du Clark, Olivier Meslay, a salué cette programmation qui doit permettre au public de découvrir des œuvres exceptionnelles issues de cette donation.
Source : The Clark Art Institute
Une question pour vous
Et si ce n’était pas un autoportrait, mais une tronie, que Vaillant peint d’après lui-même, faute d’un autre modèle sous la main ?
À propos de cette œuvre
- Autoportrait au turban
- Wallerant Vaillant
- 1675-1677
- Huile sur toile
- 74 × 59,4 cm
- The Clark Art Institute, Williamstown
- https://www.clarkart.edu/ArtPiece/Detail/Self-Portrait-in-a-Turban
