
À retenir
La Robe verte, peinte par Henri Matisse en 1919, appartient à la période niçoise de l’artiste, amorcée après son installation à Nice en décembre 1918. Le tableau représente Antoinette Arnoud, modèle vêtue d’une gandoura verte et d’un turban blanc, assise devant un mur orange. Ces éléments orientaux annoncent le thème de l’odalisque, que Matisse développera à partir de 1920 durant les décennies suivantes passées sur la Côte d’Azur. L’huile sur toile, conservée à la Barnes Foundation de Philadelphie, illustre la transition entre la rigueur fauve des années 1910 et la liberté décorative propre au Matisse niçois. Les repeints visibles sous la couche verte montrent un travail mené par tâtonnements successifs.
Cette œuvre de Matisse met en avant la couleur verte : celle de la robe du modèle répond à celle du tapis. Ce qui me frappe ici, c’est le côté oriental de la scène, qui préfigure le travail des odalisques à venir dans l’œuvre de Matisse. Cet orientalisme se ressent dans la présence du turban et dans le style « gandoura » de la robe. J’aime beaucoup Henri Matisse, et je suis toujours fasciné par son traitement de la couleur, par la façon dont la composition de la toile se construit à travers le jeu des teintes. On retrouve aussi la présence récurrente des tissus qui marque son œuvre : dans la robe, dans le revêtement du fauteuil, et jusque sur le mur de droite. Autant de motifs qui rythment le détail de la toile, permettent à l’œil de circuler, et laissent l’atmosphère se répandre.
Un turban gris perle, noué serré. Sous l’étoffe, deux yeux sombres fixent le peintre. Nice, premier semestre 1919. Matisse vient de s’installer à l’Hôtel de la Méditerranée. Avec Antoinette Arnoud, son nouveau modèle, il cherche une synthèse nouvelle.
Le vert contre le noir
Arnoud pose un pied sur la chaise longue rose, où traîne une paire de bas noirs. L’autre repose sur un pouf marocain rouge, seule note chaude au sol. Sa robe verte, en gandoura ample, porte des motifs floraux jaunes et mauves qui rappellent la palette du mur. Le mur orange derrière elle occupe toute la hauteur de la toile ; à droite, un rideau blanc suggère une fenêtre invisible, sans jamais la montrer. Matisse peint d’abord en noir, puis recouvre la surface de deux couches de vert successives. Les craquelures actuelles laissent voir, aux pieds du siège et du canapé, cette couche sombre affleurer sous la matière, comme un repentir à ciel ouvert. Le format modeste de la toile, 41,3 sur 33,5 centimètres, concentre cette matière dense sur un espace resserré.
Nice, 1919 : la fabrique d’une odalisque
Antoinette Arnoud entre dans l’atelier en janvier 1919. Matisse travaille seul avec elle, loin du groupe parisien, presque en retrait du monde. Il l’habille comme il habillait Laurette trois ans plus tôt : robe verte, turban blanc proche de celui de Trois Sœurs sur fond gris (BF888). Le pouf marocain, la gandoura, le turban composent un vocabulaire oriental que Matisse développera pleinement à partir de 1920, dans ses odalisques niçoises. Un dessin préparatoire de la même année montre Arnoud dans une pose presque identique, les pieds posés sur ce même repose-pieds géométrique. Loué en son temps pour sa liberté chromatique, ce vocabulaire oriental est aujourd’hui relu à la lumière des débats sur l’orientalisme en peinture.
Henri Matisse
Matisse s’installe à Nice fin 1918, après des années de guerre et de doute. Il loue une chambre modeste, loin de son atelier parisien, et vit dans une relative solitude. Cette solitude choisie nourrit une recherche formelle intense, menée presque exclusivement avec Antoinette Arnoud comme interlocutrice silencieuse. La Robe verte appartient à cette charnière, entre la rigueur des années 1910 et la liberté décorative qui portera son nom propre dans l’histoire de l’art : la période niçoise.
Actualité du musée départemental Henri Matisse du Cateau-Cambrésis
Le musée départemental Henri Matisse du Cateau-Cambrésis (Nord), qui conserve l’une des plus riches collections de l’artiste, propose jusqu’au 20 septembre 2026 l’exposition « Hommage à Auguste Herbin — Dialogue des alphabets », en écho à l’un des contemporains de Matisse. Le musée organise par ailleurs des visites commentées et participera aux Journées européennes du patrimoine les 19 et 20 septembre.
Source : Musée Matisse du Cateau-Cambrésis
Une question pour vous
Et si le turban et la gandoura n’étaient pas un décor exotique, mais le prétexte d’un accord de couleurs cherché depuis des mois ?
À propos de cette œuvre
- La Robe verte
- Henri Matisse
- 1919
- Huile sur toile (ultérieurement marouflée sur panneau de fibres)
- 41,3 x 33,5 cm (16 1/4 x 13 3/16 po)
- The Barnes Foundation, Philadelphie
- https://collection.barnesfoundation.org/objects/5131/The-Green-Dress-(La-Robe-verte)/
