
À retenir
Odalisque au fauteuil est une peinture à l’huile réalisée par Henri Matisse en 1928, durant sa période niçoise. L’œuvre appartient à la série des odalisques que l’artiste développe tout au long des années 1920, inspirée par l’orientalisme et par ses voyages au Maroc en 1912 et 1913. Elle associe une figure féminine alanguie à un décor richement composé : fauteuil capitonné, tapis à motifs, céramique bleu et blanc. Conservée au Musée d’Art Moderne de Paris, dans les collections de Paris Musées, cette toile illustre la manière dont Matisse construit, en atelier, des scènes orientalistes fictives où la couleur et le motif priment sur toute exactitude documentaire.
Matisse me réjouit toujours autant. Son travail de la couleur est particulièrement intéressant et fascinant : ici, le rose du fauteuil, le bleu profond du vase à gauche et les teintes chaudes du mur se répondent avec une évidence presque simple, alors que tout est en réalité très maîtrisé. Cette Odalisque frappe par sa richesse de détails, le bracelet à la cheville, le jeu de dames posé non loin, le motif du fauteuil, la décoration du mur, autant d’éléments qui donnent envie de s’attarder longtemps devant la toile. L’odalisque, elle, pose nonchalamment, presque absente à la scène, et c’est cette décontraction qui apporte une vraie douceur, une humanité, à l’ensemble. On y sent aussi un brin d’orientalisme, perceptible notamment dans l’ampleur du vêtement qu’elle porte.
Vous voyez d’abord ce bracelet de perles noires et jaunes, serré autour d’une cheville nue. Puis le pied qui dépasse du tapis, presque négligemment. Le reste vient ensuite : le fauteuil rose, le damier abandonné, le vase bleu et blanc, la figure allongée qui occupe tout l’espace disponible de la toile.
Odalisque au fauteuil
Henri Matisse peint cette Odalisque au fauteuil en 1928, en pleine période niçoise. La touche reste fauve dans son intensité chromatique, mais le sujet a changé depuis les débuts du mouvement. Plus de plage ni de fenêtre ouverte sur la mer, une pièce close, saturée de motifs. Le mur rouge et or, le fauteuil capitonné, le tapis composent un décor presque théâtral, où chaque surface porte son propre dessin. Cette accumulation décorative doit beaucoup à l’orientalisme du XIXe siècle, à Delacroix, aux tissus, tapis et céramiques que Matisse collectionne depuis ses voyages au Maroc en 1912 et 1913. Le vêtement ample de la figure, ses jambes croisées, son visage tourné vers le spectateur : tout ici relève d’une mise en scène construite en atelier, loin de tout exotisme vécu. La couleur, elle, ne cherche jamais à imiter le réel. Le bleu du vase répond au bleu du tapis, le rose du fauteuil dialogue avec les rouges du mur, dans un équilibre savamment posé. Même le jeu de dames, abandonné au premier plan, semble avoir été placé là pour sa seule valeur graphique, ses cases noires et blanches faisant écho au tapis moucheté sous les pieds. La touche, large et grasse par endroits, contraste avec la minutie des petits motifs peints au mur.
Une autre Odalisque de Matisse réalisée dans le même décors, assise cette fois, est conservée au Baltimore Museum of Art, tout aussi intéressante et colorée.
Henri Matisse et son époque
Né en 1869 au Cateau-Cambrésis, Henri Matisse abandonne le droit pour la peinture au début des années 1890. Chef de file du fauvisme dès 1905, il s’installe à Nice à partir de 1917. Dans les années 1920, il y multiplie les odalisques, cherchant moins l’exactitude ethnographique qu’un prétexte à la couleur et au motif. Ce goût pour le décor méridional, la lumière et les tissus imprimés marque durablement cette décennie de son œuvre. Cette toile appartient aujourd’hui aux collections du Musée d’Art Moderne de Paris. Elle prolonge une série où le peintre revient sans cesse au même répertoire : fauteuils, tissus, figures alanguies, jusqu’à épuiser toutes les combinaisons possibles entre décor et corps. Chaque variante déplace légèrement les mêmes objets, comme un peintre qui rejoue indéfiniment la même partition visuelle.
Actualité
L’intérêt pour Matisse ne faiblit pas : au printemps 2026, le Grand Palais a proposé, en coproduction avec le Centre Pompidou, une vaste rétrospective consacrée aux dernières années de création de l’artiste (1941-1954), réunissant plus de 300 œuvres et de nombreux prêts internationaux inédits en France. Cette exposition confirme la place centrale qu’occupe encore aujourd’hui l’œuvre de Matisse dans les grandes institutions culturelles.
Source : Grand Palais
Une question pour vous
Et si le titre ne parlait pas d’elle, mais de nous : sommes-nous, en la regardant, les héritiers de ce regard orientaliste du XIXe siècle ?
À propos de cette œuvre
- Odalisque au fauteuil
- Henri Matisse
- 1928
- Huile sur toile
- Musée d’Art Moderne de Paris, Paris Musées
- https://www.parismuseescollections.paris.fr/fr/musee-d-art-moderne/oeuvres/odalisque-au-fauteuil
