
À retenir
Peinte en 1625 par Gerrit van Honthorst, L’Entremetteuse est une huile sur panneau conservée au Centraal Museum d’Utrecht. Elle représente une scène de proxénétisme éclairée par une seule bougie dissimulée, procédé de lumière indirecte que l’artiste a contribué à inventer. Figure majeure du caravagisme utrechtois, Van Honthorst avait rapporté de Rome le clair-obscur du Caravage, qui lui valut le surnom de Gherardo delle Notti. Le tableau illustre le thème de l’entremetteuse, lié à la parabole du Fils prodigue, très répandu dans la peinture du Siècle d’or hollandais. Il compte parmi les œuvres qui fondèrent la réputation nocturne du peintre.
Devant ce tableau, ce qui me frappe d’abord, c’est l’économie de la lumière : une seule bougie, dont on ne devine que la pointe derrière l’épaule de la figure centrale, suffit à structurer toute la scène. Ce parti pris, la marque du caravagisme utrechtois que Van Honthorst rapporta d’Italie, où on le surnommait Gherardo delle Notti, ne relève pas selon moi du seul effet décoratif. Je trouve qu’il épouse le sujet : cette lumière basse et complice, qui isole les visages dans l’ombre, redouble le caractère furtif d’une transaction qu’on préférerait tenir cachée. Le titre place la vieille femme, l’entremetteuse, au cœur du dispositif, et rien ne laisse planer le doute sur la nature de l’échange. Les pièces tendues par l’homme, le décolleté et le luth de la jeune femme disent tout. Ce qui me retient le plus, c’est le traitement du clair-obscur sur le profil du jeune homme : ce visage sombre que vient souligner un simple filet de lumière témoigne, à mon sens, d’une capacité d’observation remarquable, et d’une maîtrise qui dépasse la prouesse technique pour servir le récit.
Comment une scène de prostitution peut-elle rayonner d’autant de joie, de sourires et de lumière ?
Une scène de connivence
Regardez d’abord la bougie, cachée derrière l’épaule du jeune homme. Sa flamme chauffe la peau de la jeune femme et glisse sur son décolleté, jusqu’aux plumes de sa coiffe. Elle sourit, radieuse. Face à elle, l’homme tend quelques pièces. Tout, dans cette lumière tiède, respire la connivence.
Une lecture morale
Cette femme n’est pas une citoyenne ordinaire. Ses plumes disent sa frivolité, son luth une charge érotique connue au XVIIe siècle. Dans l’ombre, la vieille entremetteuse pointe le doigt : elle a vendu la jeune femme et empoche sa part. Le motif, venu de Dirck van Baburen, prolonge la parabole du Fils prodigue. Pourtant rien ici ne juge.
L’artiste. Gerrit van Honthorst naît à Utrecht en 1592. À Rome, le Caravage le marque. Ses scènes à la bougie lui valent le surnom de Gherardo delle Notti. Rentré vers 1620, il mène le caravagisme utrechtois.
Van Honthorst : Une redécouverte en 2026
Longtemps éclipsé par son contemporain Rembrandt, Gerrit van Honthorst fait l’objet d’un regain d’attention. Du 25 avril au 13 septembre 2026, le Centraal Museum d’Utrecht, où L’Entremetteuse est conservée, lui consacre In alles anders dan Rembrandt (« Tout autre que Rembrandt »), la toute première grande rétrospective dédiée au peintre, dans la ville même où il est né, s’est marié et est mort. L’exposition réunit une soixantaine d’œuvres, dont des prêts du Louvre et de la Galleria Borghese, et retrace le parcours du maître du clair-obscur surnommé « Gherardo delle Notti ». L’occasion de réévaluer une figure majeure du caravagisme utrechtois, dont L’Entremetteuse (1625) constitue l’un des jalons.
Source : Centraal Museum
Une question pour vous
💭 Si vous ne deviez garder qu’un détail, lequel emporteriez-vous : le sourire, la flamme ou le luth ?
À propos de cette œuvre
- L’Entremetteuse
- Gerrit van Honthorst
- 1625
- Huile sur panneau
- 71 x 104 cm
- Centraal Museum, Utrecht
- https://collectie.centraalmuseum.nl/details/collection/7069






