
À retenir
Portrait de la Peintre Emilie Charmy est peint par Pierre Girieud en 1908, à l’huile sur carton. La toile montre la peintre Emilie Charmy de profil, sur un fond monochrome orange caractéristique des recherches fauves du début du XXe siècle. Girieud, figure méconnue de l’avant-garde parisienne, expose au Salon d’automne de 1905, avant de se rapprocher de Kandinsky et de la Nouvelle Association des artistes munichois (NKVM), un cercle précurseur de l’expressionnisme allemand. Le tableau est aujourd’hui conservé à la Städtische Galerie im Lenbachhaus de Munich, en prêt permanent de la Fondation Gabriele Münter et Johannes Eichner. Il documente à la fois le fauvisme français et les échanges artistiques franco-allemands qui précèdent la Première Guerre mondiale.
J’ai découvert ce tableau lors de l’exposition « Berthe Weill, galeriste d’avant-garde » au musée de l’Orangerie à Paris, à l’automne 2025. Il trônait au milieu des autres œuvres et on ne pouvait pas passer à côté sans le remarquer. Ses couleurs vives, le fond monochrome orange, l’aspect presque abstrait du personnage aux traits marqués, la tête de profil : tout concourt à le rendre visible et à attirer le regard. C’est une œuvre marquante, d’autant plus, à mon avis, que Girieud était proche du NKVM (la Nouvelle Association des artistes munichois), l’avant-garde munichoise animée notamment par Kandinsky. L’histoire n’a guère retenu le nom de Girieud, mais ce tableau permet de redécouvrir une facette méconnue de cette avant-garde du début du XXe siècle.
Regardez d’abord cette ligne noire qui isole le profil du fond orange. Un trait fort découpe le visage d’Emilie Charmy contre l’aplat monochrome. Le nez, la bouche, l’oreille : tout paraît cerné, gravé au couteau. Autour, la robe explose en vert, turquoise et jaune, chaotique et vive. Elle semble presque indocile face à ce visage si contenu. La peau, elle, reste grise et froide, comme lavée par la lumière orange. Une main se pose, doigts longs et repliés. Seul geste de repos dans cette composition tendue.
Ce que cache la surface de ce Portrait de la Peintre Emilie Charmy
Sous les aplats vifs, Girieud construit une tension entre deux langages picturaux. Le visage, cerné de noir, reste graphique, proche du dessin épuré. La robe, elle, se dissout en taches larges, sans réel souci du motif exact. Peint à l’huile sur un carton de 101,5 x 72 cm, le support reste rapide, presque de travail. Le tableau garde pourtant une matière épaisse, sensible au geste du pinceau. Le fond orange, uniforme, écrase toute profondeur. Pas de décor, pas d’intérieur : seulement une couleur qui pousse le corps vers l’avant. Cette économie de moyens rappelle les recherches fauves des années 1905-1907. Elle garde pourtant une raideur, presque une froideur, étrangère à Matisse ou à Derain. Girieud peint ici moins un décor qu’une confrontation entre une figure et sa couleur. La signature, tracée en cursive dans l’angle inférieur droit, ancre la toile dans son atelier.
Pierre Girieud et son époque
Pierre Girieud (1876-1948) traverse le fauvisme sans jamais s’y fixer complètement. Autodidacte, installé à Montmartre dès 1900, il expose au Salon d’automne de 1905. Il se lie ensuite avec Kandinsky et rejoint la Nouvelle Association des artistes munichois, le NKVM. Ce cercle munichois prépare, quelques années plus tard, la naissance du Blaue Reiter. Son nom reste aujourd’hui largement oublié, éclipsé par des camarades devenus célèbres. Emilie Charmy, elle, connaît un sort comparable. Elle expose au Salon des indépendants dès 1904, un an avant Girieud. Repérée par la marchande Berthe Weill dès 1905, elle est saluée en son temps par la critique. Puis longtemps négligée par l’histoire de l’art. Ce portrait réunit ainsi deux trajectoires parallèles de l’avant-garde du début du XXe siècle.
Actualité
Le Kunstbau, l’espace d’exposition annexe du Lenbachhaus situé sous la Königsplatz, reste fermé toute l’année 2026 pour travaux de rénovation énergétique. Le Lenbachhaus lui-même, où ce portrait est conservé en prêt permanent de la Fondation Gabriele Münter et Johannes Eichner, demeure ouvert normalement au public.
Source : Lenbachhaus
Une question pour vous
Girieud a fait le pont entre le fauvisme français et l’expressionnisme allemand naissant. Combien d’autres passeurs de ce genre l’histoire de l’art a-t-elle simplement effacés ?
À propos de cette œuvre
- Portrait de la Peintre Emilie Charmy
- Pierre Girieud
- 1908
- Huile sur carton
- 101,5 cm x 72 cm
- Städtische Galerie im Lenbachhaus und Kunstbau, Munich, prêt permanent de la Fondation Gabriele Münter et Johannes Eichner
- https://www.lenbachhaus.de/en/digital/collection-online/detail/bildnis-der-malerin-emilie-charmy-30029717
