
Dans ce médaillon représentant Marie Alcock, Giovanni-Battista Nini démontre sa maîtrise exceptionnelle du portrait en terre cuite.
Le profil, traité avec une délicatesse exquise, émerge du fond avec une présence saisissante. La composition circulaire, soulignée par une bordure ondulée caractéristique des premières œuvres de l’artiste, met en valeur la finesse du modelé. Le traitement virtuose des détails, depuis la coiffure élaborée aux mèches souples tombant sur l’épaule, jusqu’aux dentelles du corsage et aux plis du drapé, révèle l’extraordinaire sensibilité de Nini pour les textures. L’expression du visage, à la fois noble et naturelle, témoigne de sa capacité à saisir la personnalité de ses modèles.
Grâce aux inscriptions présentes sur des exemplaires d’Ecouen et d’Edimbourg, on a identifié Marie comme étant la fille de Michel Alcock, un industriel de l’acier originaire de Birmingham qui a créé une manufacture royale à La Charité-sur-Loire vers 1764.
Pour aller plus loin
- Marie Alcock, par Giovanni-Battista Nini, en 1762
- Diamètre : 15.2 cm
- Paris Musées, Musée Carnavalet, Histoire de Paris
- https://www.parismuseescollections.paris.fr/fr/musee-carnavalet/oeuvres/marie-alcock
Giovanni-Battista Nini (1717-1786) fut l’un des plus remarquables médailleurs du XVIIIe siècle. D’origine italienne, cet artiste polyvalent se forma d’abord à la gravure et à la sculpture à Bologne avant de voyager en Espagne. Installé en France à partir de 1758, il se spécialisa dans la création de portraits en médaillons de terre cuite, développant une technique unique qui lui valut une grande renommée.
Son installation au château de Chaumont-sur-Loire en 1772, où il dirigea la manufacture de poterie et de verrerie pour Jacques-Donatien Le Ray, marqua l’apogée de sa carrière. Ses médaillons, produits en multiples exemplaires, constituent aujourd’hui un témoignage précieux de la société de son temps.
Nini, du théâtre à la terre cuite
Giovanni Battista Nini (1717-1786) est une figure atypique dans le paysage artistique du XVIIIe siècle français. Né en Italie, il se forme à Bologne avant de passer par l’Espagne, puis s’installe en France à partir de 1758. Sa spécialité, le médaillon en terre cuite, est à la croisée de la sculpture, de la gravure et du portrait : il s’agit de capter en bas-relief, dans un format circulaire généralement destiné à être accroché ou encadré, l’image d’un contemporain avec la précision d’une monnaie et la chaleur d’un matériau modelé à la main. Nini produit ses médaillons en plusieurs exemplaires, ce qui leur confère une diffusion plus large que la peinture de portrait traditionnelle. En 1772, il est nommé directeur de la manufacture de faïence et de verrerie du château de Chaumont-sur-Loire, consécration institutionnelle d’une réputation solidement établie. Son œuvre la plus célèbre dans ce format est le portrait de Benjamin Franklin, réalisé en plusieurs versions entre 1777 et 1779, qui contribue à la renommée du genre.
Marie Alcock et l’industrie anglaise en France
La jeune femme portraiturée en 1762 est Marie Alcock (1740-1824), fille de Michael Alcock, industriel anglais originaire de Birmingham qui s’était installé à La Charité-sur-Loire en 1756 pour y établir une manufacture de quincaillerie. La présence d’entrepreneurs britanniques dans les provinces françaises à cette époque est un phénomène documenté : l’Angleterre avait alors une avance technologique considérable dans certains secteurs manufacturiers, et plusieurs industriels furent attirés en France par des conditions favorables octroyées par la couronne. Le médaillon du musée Carnavalet, conservé à Paris, présente Marie Alcock de profil, avec une coiffure élaborée et une toilette soigneusement rendue. Le Victoria and Albert Museum de Londres conserve par ailleurs une version en ivoire de cette même effigie, datée de 1765 et signée d’un graveur dont l’identité reste incertaine, témoignant de la diffusion du modèle au-delà du seul exemplaire en terre cuite.
