
À retenir
Peinte en 1644, Nature morte au pâté truffé est une huile sur bois de Maerten Boelema de Stomme, conservée au Musée d’Arts de Nantes. Elle relève de la nature morte monochrome, ou banketje, un genre né à Haarlem au début du XVIIe siècle et associé à l’âge d’or hollandais. L’artiste, actif seulement quelques années au milieu du siècle et proche de Willem Claesz Heda, y déploie un rendu minutieux des matières : étain, verre, nacre de nautile et nappe de lin. Le tableau est représentatif de sa production et illustre le goût nordique pour les tables dressées, entre célébration du luxe marchand et rappel discret de la vanité.
Voici une bien belle nature morte. Je devais avoir un petit creux le jour où je l’ai repérée dans les collections du Musée d’Arts de Nantes… Son auteur, Maerten Boelema de Stomme, reste peu connu et peu documenté et pourtant l’œuvre fait mouche. Je la trouve d’un réalisme saisissant : on croirait presque sentir le fumet du pâté en croûte aux truffes. Tout est affaire de matière et de lumière, l’étain et l’argent qui accrochent les reflets, la nappe blanche dont les plis captent savamment la clarté. J’aime ces natures mortes appétissantes, simple célébration d’un art de la table raffiné.
Regardez d’abord la cuillère plantée droit dans la croûte. Le pâté est éventré. Sa farce sombre déborde sur l’étain. Autour, le luxe se déploie. Un citron à demi pelé. Sa spirale de peau qui pend. Le repas vient-il de cesser ?
Ce que cache la surface
Boelema de Stomme peint à l’huile sur bois. Sa palette se réduit à des ocres, des gris, des bruns. On appelle cela une nature morte monochrome, ou banketje. Le genre naît à Haarlem dans les années 1620. Regardez le travail des matières. L’étain boit la lumière. Le verre la traverse. La nappe blanche, elle, la retient dans ses plis cassés. Chaque objet répond à un seul défi : rendre une surface. Le citron pelé glisse un rappel plus acide. Sous la table dressée pour le plaisir affleure le motif de la vanité hollandaise.
Maerten Boelema de Stomme et son époque
On sait peu de chose de Boelema de Stomme. Son surnom, « de Stomme », signifie « le Muet ». La tradition le dit sourd et muet. Il travaille à Haarlem, dans le sillage de Willem Claesz Heda. Sa carrière tient en quelques années, au milieu du XVIIe siècle. Peu de tableaux signés nous restent. Celui de Nantes, daté 1644, compte parmi les plus aboutis. Un peintre silencieux, une peinture qui donne faim.
À voir en ce moment au Musée d’Arts de Nantes
À noter pour organiser votre visite : le Musée d’Arts de Nantes présente cette Nature morte au pâté truffé dans ses collections permanentes d’art ancien, riches de plus de 14 000 œuvres couvrant neuf siècles. En période estivale (juillet-août 2026), le musée est ouvert tous les jours, sauf le mardi, avec une nocturne le jeudi de 19 à 21h (entrée gratuite) ; une bonne occasion de découvrir les maîtres nordiques du parcours.
Source : Musée d’Arts de Nantes
Une question pour vous
💭 Où finit le banketje, éloge du luxe hollandais, et où commence la vanité, rappel de sa fragilité ?
À propos de cette œuvre
- Nature morte au pâté truffé
- Maerten Boelema de Stomme
- 1644, Musée d’Arts de Nantes
- Huile sur bois
- 60,3 x 79,4 cm
- Musée d’Arts de Nantes
- https://www.navigart.fr/museedartsdenantes/artwork/boelema-de-stomme-nature-morte-au-pate-truffe-110000000006266






