
Le XVIIe siècle regorge de représentations de musiciens, un motif que l’on retrouve aussi bien chez Frans Hals que chez sa disciple Judith Leyster, dans son Garçon jouant de la flûte conservé au Nationalmuseum de Stockholm. Je me réjouis toujours de tomber sur ces tableaux dont on croit presque entendre la musique s’échapper de la toile.
Ici, ce qui me frappe, c’est le soin apporté au costume du musicien et le rendu minutieux de l’instrument en bois, dont on devine presque le grain sous le pinceau de van Baburen. Le fond neutre, dépouillé de tout décor, concentre toute l’attention sur le musicien et sa partition, un choix de composition qui ne laisse aucun doute : voici avant tout une œuvre musicale.
Un souffle retient une note à l’embouchure du bois clair. Vous êtes devant ce visage éclairé en pleine mélodie, la flûte traversant sa bouche entrouverte.
Ce que la toile vous dit
Le clair-obscur mord la joue droite du musicien et laisse l’autre profil sombrer dans l’ombre. La manche jaune vif capte toute la lumière, contraste net avec le pourpoint noir. La plume blanche, presque incongrue, signale un costume de fantaisie, pas un habit de tous les jours. Van Baburen pose ses doigts avec précision sur le bois de l’instrument, chaque phalange modelée par la lumière. Devant lui, une partition ouverte, à peine lisible, rappelle que ce portrait respire la musique autant qu’il la mime.
Ce que l’époque vous dit
Rome, vers 1615. Van Baburen y découvre le Caravage et ses ombres tranchées. De retour à Utrecht, il rejoint Hendrick ter Brugghen et Gerrit van Honthorst : ensemble, ils importent ce style dans les Provinces-Unies. Le motif du musicien solitaire, très prisé à l’époque, incarne souvent l’Ouïe, l’un des Cinq Sens. Ce jeune joueur de flûte n’échappe pas à cette lecture symbolique, sans jamais la revendiquer ouvertement.
Dirck van Baburen (vers 1595-1624) meurt jeune, laissant une œuvre brève mais dense. Formé à Utrecht, aiguisé à Rome, il devient l’une des figures du caravagisme utrechtois, aux côtés de ter Brugghen et van Honthorst.
Actualité du musée
La Gemäldegalerie de Berlin vient de dévoiler un nouvel accrochage de sa collection permanente, visible jusqu’au 13 septembre 2026, offrant l’occasion de redécouvrir ses chefs-d’œuvre, dont Le Joueur de flûte de Dirck van Baburen, sous un regard renouvelé. Le musée prépare par ailleurs une nouvelle exposition temporaire, à partir du 16 octobre 2026, qui mettra en dialogue des œuvres ne s’étant jamais côtoyées auparavant afin d’explorer des thématiques transversales comme l’identité, la beauté, le statut ou le pouvoir.
Plus d’informations sur la page des expositions actuelles de la Gemäldegalerie.
Une question pour vous
💭 Et si le vrai sujet n’était pas le musicien, mais la lumière caravagesque que Baburen a rapportée de Rome ?
À propos de cette œuvre
- Le Joueur de flûte
- Dirck van Baburen
- vers 1615-1624
- Huile sur toile
- 71 x 55,4 cm
- Gemäldegalerie, Berlin
- https://recherche.smb.museum/detail/1850202/der-fl%C3%B6tenspieler






