
Ce Paysage d’été (vers 1615-1620) démontre l’épanouissement de la peinture paysagère flamande au début du 17e siècle.
Christoffel Van den Berghe déploie ici une vision idyllique de la vie rurale estivale, caractérisée par une minutie descriptive héritée de la tradition nordique. La composition s’organise autour d’un village fluvial où l’activité humaine s’harmonise parfaitement avec le cycle naturel. Au premier plan, une barque chargée de passagers évoque la navigation estivale, tandis qu’un embarcadère animé de figures en costumes colorés illustre les activités villageoises. L’architecture vernaculaire, aux toitures de tuiles et aux façades ocre, ancre la scène dans la réalité flamande. La luxuriance estivale contraste avec le pendant hivernal de cette série saisonnière. Van den Berghe maîtrise parfaitement l’art de la perspective atmosphérique, guidant le regard vers la ville lointaine par un jeu subtil de plans successifs. Cette esthétique du quotidien séduisait la bourgeoisie, avide de ces évocations harmonieuses.
Pour aller plus loin
- Christoffel Van den Berghe, Paysage d’été, vers 1615-1620
- 11.5 x 16.5 cm, huile sur cuivre
- Mauritshuis, La Haye, exposé en salle 4
- https://www.mauritshuis.nl/fr/decouvrir-la-collection/oeuvres-d-art/672-summer-landscape
Christoffel Van den Berghe (vers 1590-après 1628) s’inscrit dans la lignée des grands paysagistes flamands de l’École d’Anvers. Formé dans la tradition brueghelienne, il développe un style caractérisé par une observation minutieuse de la nature et des activités humaines saisonnières. Actif principalement à Anvers et Middelburg, Van den Berghe se spécialise dans les paysages de petit format, très prisés par la bourgeoisie marchande. Ses compositions, souvent organisées en cycles saisonniers, révèlent une sensibilité particulière aux variations climatiques et à leurs répercussions sur la vie sociale. Moins connu que ses contemporains Jan Brueghel le Jeune ou Joos de Momper, van den Berghe n’en demeure pas moins un témoin précieux de l’art de vivre flamand au Siècle d’Or.
Une œuvre en diptyque : été et hiver
Paysage d’été ne se conçoit pas comme une peinture isolée. Elle forme une paire avec un Paysage d’hiver du même Christoffel Van den Berghe, les deux œuvres se répondant dans une logique de contraste saisonnier : d’un côté la végétation en feuilles, les canards sur l’eau et les promeneurs en bateau de l’été ; de l’autre, les rigueurs et les activités hivernales. Ce format en diptyque saisonnier était particulièrement apprécié des collectionneurs flamands du début du XVIIe siècle, qui y voyaient une façon de posséder l’ensemble du cycle naturel dans le format compact d’une peinture de cabinet.
Huile sur cuivre : un choix de précision
Le choix du cuivre comme support n’est pas anodin. Plus lisse que le bois ou la toile, il autorise une finesse de touche et une intensité des couleurs difficilement atteignables sur d’autres supports. Les petits formats sur cuivre, celui-ci ne mesure que 11,5 × 16,5 cm, étaient des objets de prestige, prisés par la bourgeoisie marchande flamande comme en témoigne la provenance de cette œuvre : elle appartenait à la collection De Witte van Citters à Middelbourg avant d’être léguée au Mauritshuis par Arnoldus Andries des Tombe en 1903.
Christoffel Van den Berghe : un artiste redécouvert
Longtemps méconnu, Christoffel Van den Berghe n’a été établi comme artiste indépendant qu’au cours des années 1950, grâce aux travaux de l’historien de l’art Laurens Bol, qui identifia et rassembla les œuvres portant le monogramme CvB. On sait qu’il s’inscrit à la Guilde de Saint-Luc de Middelbourg en 1619 et en devient doyen dès 1621, preuve d’une reconnaissance rapide par ses pairs. Une nature morte de sa main figurait dans la collection du Prince de Galles avant 1625, signe qu’il touchait à l’époque un public au-delà des marchands locaux. Ses œuvres sont aujourd’hui conservées dans des institutions majeures : le Mauritshuis, le Getty Museum, le Philadelphia Museum of Art et la National Trust.
