
À retenir
L’Enlèvement d’Europe est une huile sur toile peinte par Jacob Jordaens entre 1615 et 1616, aujourd’hui conservée à la Gemäldegalerie de Berlin. Le peintre anversois, formé auprès d’Adam van Noort et proche de Pierre Paul Rubens, y illustre l’épisode des Métamorphoses d’Ovide où Jupiter, transformé en taureau blanc, enlève la princesse Europe sur les rivages de Phénicie. Rattachée au baroque flamand du XVIIe siècle, la composition rassemble seize figures féminines grandeur nature organisées en strates, sans décor narratif développé. Cette toile compte parmi les premières œuvres majeures de Jordaens, marquant son émancipation stylistique par rapport à Rubens et l’affirmation d’un style plus rustique et charnel.
Voici aujourd’hui un chef-d’œuvre de Jordaens. Je l’ai choisi parce qu’il illustre une scène mythologique majeure, celle qu’Ovide raconte dans ses Métamorphoses. La composition est dense, concentrée sur les corps des suivantes d’Europe : tandis que celle-ci s’éloigne sur le dos du taureau blanc de Jupiter, elles semblent encore ignorer le destin qui est en train de s’accomplir sous leurs yeux. Ce que j’aime particulièrement ici, c’est cette densité charnelle des corps, les postures presque chorégraphiées des femmes, et le traitement de la lumière et des couleurs, éclatant et typiquement flamand.
Voir ce tableau de Jordaens
Une main se referme sur une chevelure blonde. Une autre soulève une guirlande de fleurs vers un ciel gris. Sur la toile de Jacob Jordaens, seize corps de femmes grandeur nature se pressent au-dessus d’un rivage à peine esquissé. Pas d’horizon net, pas de paysage détaillé. Seule la chair occupe l’espace. Une lumière franche découpe les épaules, les genoux, les plis d’un tissu doré. À gauche, une vieille femme voilée de blanc tient un taureau par une guirlande de fleurs. Ses yeux suivent la scène avec une gravité que les jeunes filles n’ont pas encore.
Comprendre cette scène des Métamorphoses d’Ovide
Le sujet vient d’Ovide. Dans ses Métamorphoses, le poète raconte comment Jupiter, changé en taureau blanc, séduit Europe sur une plage de Phénicie. Jordaens peint l’instant où la princesse s’éloigne déjà sur le dos de l’animal, pendant que ses compagnes ignorent encore ce qui se joue. Le peintre organise les figures en strates : allongées, accroupies, agenouillées, puis debout. Rien n’est narré au sens strict. Tout est construit par la densité des corps. Cette toile date d’environ 1615-1616, peu après l’obtention par Jordaens de son titre de maître à Anvers. Formé auprès d’Adam van Noort, il s’impose bientôt comme le troisième grand peintre d’histoire de la ville, après Rubens et Van Dyck. L’influence de Rubens se lit nettement dans la posture d’Europe, proche d’une esquisse peinte par lui quelques années plus tôt, conservée à Windsor. Jordaens garde pourtant une rudesse propre, une gaieté presque paysanne, étrangère à l’idéal noble de son aîné. Les couleurs vibrantes des vêtements, mêlées aux carnations hâlées, donnent à la scène un caractère festif.
Ressentir
Regardez la tension entre insouciance et menace. Les suivantes rient, se parent de fleurs, ignorent le rapt qui se déroule sous leurs yeux. Cette gaieté aveugle installe une inquiétude sourde. La couleur, elle, ne ment pas : elle éclate, chaude, presque joyeuse, alors que le sujet reste un enlèvement. Jordaens peint la beauté et la menace dans le même geste, sans choisir entre les deux. Le spectateur, lui, voit ce que les suivantes ignorent encore : le destin d’Europe, déjà scellé.
Actualité : La Gemäldegalerie, un musée en mouvement
La Gemäldegalerie, où est aujourd’hui conservé L’Enlèvement d’Europe, pourrait à terme changer d’adresse : le Masterplan Museumsinsel prévoit de transférer sa collection de maîtres anciens vers un nouveau bâtiment à construire sur l’île aux musées, face au Bode-Museum, afin de réunifier peinture et sculpture, deux ensembles séparés depuis la Seconde Guerre mondiale. Un projet de longue haleine, estimé à environ 150 millions d’euros, encore débattu et sans date de réalisation arrêtée.
Source : https://www.museumsinsel-berlin.de/masterplan/projektion-zukunft/
Une question pour vous
Qu’est-ce qui, dans la posture d’Europe, trahit encore la main de Rubens et qu’est-ce qui, déjà, appartient à Jordaens seul ?
À propos de cette œuvre
- L’Enlèvement d’Europe
- Jacob Jordaens
- 1615-1616
- Huile sur toile
- 172,6 x 236,2 cm
- Gemäldegalerie, Berlin
- https://search.smb.museum/object/obj-863992
