À retenir
Peint vers 1655 par Francisco de Zurbarán (1598-1664), Don Juan Bazo de Moreda compte parmi les rares portraits profanes connus du maître sévillan, figure majeure de la peinture baroque du Siècle d’or espagnol. L’huile sur toile représente grandeur nature un capitaine d’infanterie et sergent-major des tercios, chevalier de l’ordre de Santiago, appuyé sur son bâton de commandement. Une inscription indique que le modèle est mort en 1654 à 38 ans : le portrait est donc posthume, conçu comme un hommage commémoratif. Acquis en 2015 par le Detroit Institute of Arts, il est présenté à Paris dans l’exposition « Zurbarán 1598-1664 » du musée du Louvre, en 2026-2027.
C’est une exposition passionnante que je viens de découvrir au Louvre : Zurbarán 1598-1664. Passionnante car elle propose un large choix d’œuvres du maître sévillan. On y découvre nombre de peintures sacrées, quelques sujets mythologiques, des natures mortes d’une grande intensité, et un rare portrait militaire que je vous présente ici. Il m’intéresse particulièrement car il appartient à un registre peu connu de l’artiste, celui du portrait profane. Face à la toile, presque grandeur nature, on retrouve tout ce qui fait la force de Zurbarán : la précision du rendu des étoffes, du velours noir du pourpoint aux manches brodées d’or, le traitement sculptural des volumes et ce blanc caractéristique, éclatant sur le col et les bas, qui accroche la lumière. Le tableau représente un officier des tercios de Flandre, Don Juan Bazo de Moreda, debout, s’appuyant sur son bâton de commandement, un large chapeau noir à la main. Le fond est volontairement dépouillé, presque abstrait, et seule une ombre portée ancre la figure dans l’espace : rien ne détourne le regard du personnage. J’ai pris le temps d’observer les détails qui racontent sa vie : le blason surmonté de la croix rouge de l’ordre de Santiago en haut à gauche, la coquille Saint-Jacques en pendentif sur sa poitrine, l’épée, l’éperon à la botte. Mais c’est l’inscription en bas à gauche qui m’a le plus marqué : elle précise que le modèle est mort en 1654, à l’âge de 38 ans. Ce portrait, peint vers 1655, est donc posthume, et cela change notre regard sur cette pose fière et ce visage à demi dans l’ombre, comme un dernier hommage rendu à un homme déjà disparu.
Ce que le portrait de Don Juan Bazo de Moreda nous dit
Regardez d’abord le visage, puis les bottes. Ils ne parlent pas tout à fait la même langue. Le visage est compact, éclairé de biais, presque retenu. Le costume s’étale avec une aisance tactile, du baudrier brodé aux revers évasés des bottes. Le musée de Detroit avance une hypothèse : la famille aurait fourni un document, peut-être une miniature. Zurbarán aurait donc agrandi un petit visage à l’échelle d’un corps entier. Observez aussi les trois régimes de la surface. En haut, le blason flotte, plat, héraldique, sans ombre. En bas, la plaque inscrite imite la pierre, comme une stèle posée au sol. Entre les deux, un corps modelé par le clair-obscur, avec une ombre portée bien réelle. Portrait, armoirie et épitaphe tiennent sur une seule toile.
Ce que l’époque de Zurbarán nous dit
L’inscription déroule une carrière entière. Natif de Logroño, Don Juan y fut regidor perpétuel, conseiller municipal à vie. Il sert dans les Flandres comme capitaine d’infanterie, puis sergent-major du Tercio Viejo. Il fut aussi gouverneur d’Audenarde. Les tercios forment alors le régiment le plus redouté de la monarchie espagnole. La croix rouge et la coquille désignent l’ordre de Santiago, récompense de ses services à la Couronne. Un homme peint pour être vu, par un peintre qui ne l’a sans doute jamais vu. La notice du Detroit Institute of Arts en donne la transcription complète.
Né en 1598 à Fuente de Cantos, en Estrémadure, Francisco de Zurbarán fait carrière à Séville. On le range avec Velázquez et Murillo parmi les grands peintres espagnols du XVIIe siècle. Peintre des saints et des moines, il laisse peu de portraits profanes.
Actualité : Exposition Zurbarán au Louvre
Après Londres, Francisco de Zurbarán fait l’objet d’une grande rétrospective internationale à Paris. Le musée du Louvre lui consacre une exposition du 7 octobre 2026 au 25 janvier 2027, organisée avec la National Gallery de Londres et l’Art Institute of Chicago. Le parcours met l’accent sur les grandes toiles commandées par les monastères andalous, qui ont fait la renommée du peintre, sans oublier ses portraits et ses natures mortes, et consacre une place particulière à son fils Juan de Zurbarán (1620–1649). Une telle présentation ne s’était pas vue depuis longtemps : la précédente grande exposition internationale sur l’artiste remontait à celle du Metropolitan Museum et du Grand Palais en 1987–1988. Le Louvre l’accompagne d’une saison culturelle, « L’Espagne au Louvre », conçue en écho à cette exposition et à une autre consacrée à la sculpture espagnole du XVIIe siècle. Avant Paris, l’étape londonienne (2 mai – 23 août 2026) réunissait près de 50 chefs-d’œuvre, soit le plus grand ensemble jamais rassemblé au Royaume-Uni, et l’exposition poursuivra sa tournée à l’Art Institute of Chicago du 28 février au 20 juin 2027. Quant au portrait de Don Juan Bazo de Moreda, acquis par le musée de Detroit en 2015, il est exposé à Paris dans cette exposition Zurbarán.
Informations : louvre.fr.
Une question pour vous
À côté des portraits de Velázquez, son contemporain, celui-ci vous paraît-il plus vivant ou plus figé ?
À propos de cette œuvre
- Don Juan Bazo de Moreda
- Francisco de Zurbarán
- vers 1655
- Huile sur toile
- 199,7 × 102,2 cm
- Detroit Institute of Arts (présenté au Louvre jusqu’au 25 janvier 2027)
- https://dia.org/collection/don-juan-bazo-de-moreda/103061

