
À retenir
Le Portrait posthume de Marie 1ère Stuart (1631-1660) avec un serviteur est une huile sur toile réalisée vers 1664 par Adriaen Hanneman, peintre néerlandais du Siècle d’or actif principalement à La Haye. Formé au contact d’Antoine van Dyck durant son séjour en Angleterre, Hanneman s’impose comme le portraitiste attitré de la cour Stuart en exil aux Pays-Bas. Ce tableau, peint plusieurs années après la mort de Marie Stuart, princesse d’Orange, appartient au genre du portrait de cour baroque et illustre les codes du costume oriental alors en vogue. L’œuvre, conservée au Mauritshuis à La Haye, occupe une place notable dans le corpus de portraits que l’artiste consacra à la famille royale britannique exilée.
Ce qui me frappe au premier abord, c’est la présence de ce jeune serviteur noir aux côtés de Mary Stuart : son contraste avec la blancheur de la princesse n’est pas anodin, il témoigne du regard colonial de l’époque. Le portrait lui-même m’a semblé emprunter à une esthétique orientalisante, avec ce turban sur la tête et ce tissu dont le drapé attire l’œil. Ceci dit, quelle précision et quel travail de la couleur dans ce tableau ! Le rendu des étoffes est superbe, et tout dans la composition semble fait pour magnifier le personnage. S’agissant d’un portrait posthume, on peut légitimement imaginer une intention hagiographique.
Regardez d’abord cette main du serviteur, refermée sur un rang de perles. Les doigts sombres se referment près du poignet clair de Marie Stuart. La lumière glisse sur le satin blanc, s’arrête net sur la main. Un geste, deux peaux, une même toile, un silence entre les deux.
Ce que cache ce portrait de Marie 1ère Stuart
Le turban est surmonté de plumes d’autruche roses. Il est noué à la façon orientale, alors très en vogue dans les portraits de cour. Sur les épaules de Marie Stuart repose un manteau de plumes, rouge, bleu et or. Il évoque un lointain exotique, jamais visité. Ce déguisement de bal costumé transforme la princesse en figure orientale idéalisée. Hanneman peint les carnations lisses, presque nacrées, dans la veine d’Antoine Van Dyck. Il reprend la manière du maître flamand avec une fidélité que ses contemporains lui reprochaient déjà. Les plumes, elles, reçoivent une touche plus libre, presque grasse, où la couleur s’épaissit par petites masses. Le bracelet de perles glisse entre les doigts du jeune serviteur. Marie ne tourne pourtant pas la tête vers lui. Son regard reste fixé sur le spectateur, dans une pose de représentation plutôt que de rencontre. Le garçon, lui, n’a ni nom ni statut propre dans le tableau. Sa fonction se limite à souligner, par contraste, la blancheur du teint princier. Hanneman construit ici un rang social, pas une scène de vie partagée. L’exotisme mis en scène ici circule alors dans toute l’Europe des cours. Il est nourri par le commerce colonial hollandais et les récits de voyage. Le tableau ne documente rien : il façonne un imaginaire. Plumes rares et présence noire y deviennent des signes de raffinement plutôt que des personnes.
Hanneman et son époque
Adriaen Hanneman naît à La Haye vers 1603, dans une famille patricienne. Il se forme auprès du portraitiste Anthony van Ravesteyn. Vers 1626, il part pour l’Angleterre et y reste seize ans. L’arrivée de Van Dyck à Londres, en 1632, bouleverse sa manière. Certains de ses tableaux seront plus tard confondus avec ceux du maître flamand. Hanneman rentre à La Haye après le début de la guerre civile anglaise. Il devient le portraitiste attitré de la cour Stuart réfugiée aux Pays-Bas. Il peint Marie Stuart, son fils Guillaume Henri, ainsi que le futur Charles II et son frère Henry. En 1665, il devient directeur de l’Académie de La Haye. Ce portrait posthume, peint vers 1664, prolonge cette fidélité tardive à une cour déjà dispersée. Trois mariages jalonnent sa vie, sans qu’aucun ne lui laisse de descendance connue. Hanneman meurt à La Haye en 1671, après avoir formé toute une génération de portraitistes hollandais.
Actualité
Le Mauritshuis, où est conservé ce portrait posthume de Marie Stuart, reste un musée en mouvement : du 15 octobre 2026 au 17 janvier 2027, il accueille l’exposition « Thyssen‑Bornemisza ❤ Mauritshuis », fruit d’un échange inédit de 25 chefs-d’œuvre avec le musée madrilène. À noter pour les visiteurs : l’institution ferme temporairement ses portes du 24 août au 20 septembre 2026 pour des travaux, et la Jeune Fille à la perle de Vermeer sera elle-même absente des salles jusqu’au 4 octobre.
Source : Mauritshuis
Une question pour vous
Et si ce n’était pas Marie la véritable énigme de ce tableau, mais ce jeune homme resté sans nom ?
À propos de cette œuvre
- Portrait posthume de Marie 1ère Stuart (1631-1660) avec un serviteur
- Adriaen Hanneman
- vers 1664
- Huile sur toile
- 129,5 x 119,3 cm
- Mauritshuis, La Haye
- https://www.mauritshuis.nl/fr/decouvrir-la-collection/oeuvres-d-art/429-posthumous-portrait-of-mary-i-stuart-1631-1660-with-a-servant
