
À retenir
Peint en 1880 à Bellevue, en banlieue parisienne, ce portrait signé Édouard Manet représente son épouse, Suzanne Leenhoff, assise dans un jardin, le visage voilé de tulle. Réalisée à l’huile sur toile, l’œuvre marque le dernier portrait que l’artiste consacre à sa femme, trois ans avant sa mort. Sa touche rapide et sa lumière claire rattachent Manet à l’esthétique impressionniste, bien qu’il n’ait jamais exposé avec le groupe et soit resté attaché au Salon. Précédée de plusieurs études préparatoires, elle est aujourd’hui conservée au Metropolitan Museum of Art de New York, où elle illustre la manière tardive et libre du peintre.
Quelle présence dans ce tableau que j’ai pu admirer au MET à New York. Et pourtant, tout semble brossé à la hâte, en quelques coups de pinceau posés d’un geste sûr. Le plus frappant, à mes yeux, c’est que le profil de Madame Manet reste parfaitement lisible alors même qu’il est peint derrière une voilette : quelques stries claires suffisent à suggérer le tulle, sans jamais effacer le visage. Je retrouve là tout le génie de Manet, cette capacité à saisir une scène d’un seul élan, sans l’alourdir. Et lorsqu’on sait qu’il a réalisé plusieurs études préparatoires avant d’en arriver là, on mesure à quel point cette spontanéité apparente est en réalité une maîtrise. On rattache souvent Manet aux impressionnistes sans qu’il en ait jamais tout à fait fait partie ; mais devant ce petit tableau de Bellevue, peint en 1880, c’est bien cette liberté de touche que j’admire et que j’aime, tout simplement.
Nous voyons d’abord un ruban noir. Il cerne le chapeau de paille, tordu comme un trait de fusain. Puis le voile descend. Un tulle gris flotte sur le visage de Suzanne Leenhoff. Son profil perce la brume verte du jardin.
Ce que cache la surface
La surface semble expédiée. Regardez de près. La robe claire n’est qu’un empilement de touches beiges et blanches. Le feuillage se réduit à des virgules vertes et jaunes. Rien n’est fini, et tout fonctionne. Cette rapidité cache un vrai travail. Le cartel du Metropolitan Museum of Art le précise. Au moins deux dessins et une esquisse à l’huile précèdent cette huile sur toile. Manet vise l’impression juste, la lumière d’un été. Nous sommes à Bellevue durant l’été 1880. Il y soigne sa santé fragile. Il peint là son épouse une dernière fois. Ce portrait clôt une longue série intime.
L’artiste et son époque
Édouard Manet naît en 1832. Il devient le pivot d’une nouvelle peinture. Le réalisme le forme, la modernité l’attire. Il scandalise le Salon avec des nus francs. Suzanne Leenhoff, pianiste hollandaise, partage sa vie depuis les années 1860. Elle devient son modèle le plus fidèle. Proche des impressionnistes, Manet refuse pourtant leurs expositions. Il meurt en 1883, trois ans après ce tableau.
Actualité : l’entourage de Manet à l’honneur
L’entourage artistique de Manet fait l’objet d’un regain d’attention muséal. Du 15 septembre 2026 au 24 janvier 2027, le Petit Palais consacre à Eva Gonzalès, la seule élève que Manet ait jamais acceptée dans son atelier, sa toute première rétrospective, Parcours d’une artiste libre, avant une présentation au musée Van Gogh d’Amsterdam en 2027. Cette redécouverte, qui met en dialogue Gonzalès avec Berthe Morisot et Mary Cassatt, éclaire le milieu intime et féminin dans lequel Manet évoluait à la fin de sa vie, celui-là même où s’inscrit Madame Manet à Bellevue (1880), portrait de son épouse et modèle le plus fidèle, Suzanne Leenhoff.
Source : Petit Palais
Une question pour vous
💭 Devant cette touche jetée en apparence à la hâte, à quel moment cessez-vous de voir des coups de pinceau pour voir un visage ?
À propos de cette œuvre
- Madame Manet (Suzanne Leenhoff) à Bellevue
- Édouard Manet
- 1880
- Huile sur toile
- 80,6 × 60,3 cm
- The Metropolitan Museum of Art (MET), New York
- https://www.metmuseum.org/art/collection/search/438002






