
À retenir
Peint vers 1670 par Jan Davidsz de Heem, le Vase de fleurs est une nature morte florale du Siècle d’or néerlandais, conservée au Mauritshuis de La Haye. Né à Utrecht en 1606, De Heem travaille longtemps à Anvers, où il développe de grandes natures mortes d’apparat. Le Mauritshuis le présente comme le peintre de fleurs le plus influent de son époque. Le tableau illustre l’évolution du genre depuis les bouquets symétriques d’Ambrosius Bosschaert : les fleurs débordent librement du vase, entourées d’insectes et de fruits. Le vase en verre reflète la fenêtre de l’atelier. Acquis en 1993 par les Amis du Mauritshuis, le tableau y est exposé depuis.
Encore un bouquet de fleurs, me direz-vous. Mais quel bouquet ! Ce qui me frappe d’abord, c’est cette impression d’explosion : rien de raide ni d’aligné comme dans les bouquets du début du XVIIe siècle, les fleurs débordent du vase, s’inclinent, retombent, comme si elles venaient d’être cueillies. Les couleurs éclatent, chaque fleur semble vivante. Et plus on regarde, plus on découvre : un insecte posé sur une feuille, un fruit au pied du vase… De Heem a semé partout des petits détails heureux qui récompensent l’œil patient. Mon détail préféré ? Le vase en verre. Approchez-vous : on y voit le reflet de la fenêtre de l’atelier, un ciel nuageux et même quelques objets posés sur le rebord. Le peintre se glisse ainsi discrètement dans son propre tableau. Je ne me lasse pas de ce bouquet : à chaque fois que je l’observe, j’y trouve quelque chose de nouveau !
Un escargot. Regardez sa coquille : quelques touches de brun, un point de lumière, et la spirale existe. Autour de lui, tout déborde. Tulipe flammée, lis blancs, iris mauve, pavot rouge. Une chenille ronge une feuille. Des cerises luisent sur la pierre froide.
Un bouquet que nul jardin ne porte
Approchez encore. Le fond presque noir fait jaillir chaque couleur. Les pétales de la rose ont l’épaisseur du velours. Ceux de la tulipe semblent de soie froissée. Le fruit ouvert montre son noyau et sa chair humide. À travers le verre, on devine les tiges plongées dans l’eau. Quelques reflets bien placés suffisent à rendre la transparence. Dans la panse du vase, la fenêtre de l’atelier apparaît avec son ciel nuageux. La notice du Mauritshuis relève elle aussi ce détail.
Comparez avec le Vase de fleurs dans une fenêtre d’Ambrosius Bosschaert, peint vers 1618 et conservé au même musée. Bosschaert dispose en général ses fleurs de façon symétrique. Chaque corolle y occupe sa place, presque comme dans un herbier. Un demi-siècle plus tard, De Heem libère les tiges. Elles plongent, se tordent, débordent largement du vase. Un point relie pourtant les deux peintres. Bosschaert compose ses bouquets à partir d’études faites au fil de l’année. Ici aussi, le calendrier vacille. Tulipe du printemps, épis de blé mûrs, cerises de l’été : tout fleurit ensemble. Et déjà, en bas à gauche, des feuilles brunissent.
Utrecht, Anvers et la leçon du Sud
Peintre du Siècle d’or, Jan Davidsz de Heem naît à Utrecht en 1606. Il se forme probablement auprès du peintre de natures mortes Balthasar van der Ast. Au milieu des années 1630, il s’installe à Anvers. La ville flamande lui enseigne l’abondance et l’exubérance du Sud. Il y peint de grandes natures mortes d’apparat, les pronkstillevens. Entre 1669 et 1672, il revient à Utrecht et y dirige un atelier actif. Abraham Mignon compte parmi ses élèves. Le Mauritshuis voit en Jan Davidsz de Heem le peintre de fleurs le plus influent de son temps. Son catalogue raisonné, établi par Fred Meijer, recense toutes ses peintures connues.
Actualité : Madrid s’invite à La Haye
Cet automne, le Mauritshuis vit à l’heure espagnole. Dans le cadre d’un échange inédit avec le Museo Nacional Thyssen-Bornemisza de Madrid, le musée de La Haye présente du 15 octobre 2026 au 17 janvier 2027 l’exposition Thyssen-Bornemisza ♥ Mauritshuis, qui réunit vingt-cinq chefs-d’œuvre madrilènes, de Jan van Eyck à Dürer. En contrepartie, vingt-cinq tableaux de la collection néerlandaise, dont la Vue de Delft de Vermeer et des natures mortes de Bosschaert et Pieter Claesz, sont exposés à Madrid. Du côté de Jan Davidsz de Heem, la recherche s’est récemment enrichie : le catalogue raisonné de Fred Meijer recense l’ensemble de ses peintures connues, et les analyses scientifiques menées au Fitzwilliam Museum de Cambridge sur quatre de ses grandes natures mortes d’apparat ont révélé l’emploi de pigments coûteux comme l’outremer.
Source : Mauritshuis.
Une question pour vous
Et si ce bouquet n’était pas un instant cueilli, mais une année entière ?
À propos de cette œuvre
- Vase de fleurs
- Jan Davidsz de Heem
- vers 1670
- Huile sur toile
- 74,2 x 52,6 cm
- Mauritshuis, La Haye
- https://www.mauritshuis.nl/fr/decouvrir-la-collection/oeuvres-d-art/1099-vase-of-flowers
