
À retenir
Peint en 1603 par Jan Brueghel l’Ancien, le Paysage fluvial représente un port de village au bord d’un fleuve, animé de barques, de passagers et de scènes de vie quotidienne. Fils de Pieter Bruegel l’Ancien, surnommé « Brueghel de Velours » pour la finesse de sa touche, l’artiste s’installe à Anvers en 1596, après un séjour en Italie où il adopte la peinture à l’huile sur cuivre. Ce support lisse lui permet une précision de miniaturiste. Le tableau appartient à la peinture flamande du début du XVIIe siècle, période où le paysage s’affirme comme genre autonome. Il est conservé au KMSKA, le Musée royal des beaux-arts d’Anvers.
C’est un paysage passionnant, peint à une époque où le paysage commençait tout juste à s’affirmer comme un genre à part entière, et non plus comme un simple décor pour une scène religieuse ou mythologique. Ici, pas de prétexte biblique : le sujet, c’est la vie elle-même. Jan Brueghel I nous offre une scène de port fluvial où se répondent la vie sur l’eau et la vie à terre. On y découvre le village, la faune et la flore, l’agitation de la population autour du port, les bateaux qui naviguent et ceux qui sont amarrés. Plus on s’attarde, plus on remarque de petits détails et de petites histoires, et c’est ce qui rend ce tableau si vivant. Le rendu est particulièrement précis et fluide, et c’est une belle illustration de ce qui a valu à Jan Brueghel I le surnom de « Brueghel de Velours », pour la finesse et la douceur de sa peinture. Le support en cuivre y est pour beaucoup : sa surface parfaitement lisse permet une touche d’une délicatesse de miniaturiste et donne aux couleurs un éclat presque émaillé. C’est d’autant plus impressionnant que le tableau ne mesure que 39 × 60 cm. Ce que j’aime le plus, c’est ce ciel et cette lumière, très présents dans l’œuvre. Ils occupent une grande place dans la composition et donnent à l’ensemble une vraie profondeur atmosphérique. La couleur est aussi très bien maîtrisée et rend efficacement les tons de cette saison. J’apprécie enfin la discrète signature « BRVEGHEL 1603 » en bas à gauche, comme un clin d’œil du peintre fier de son travail.
Trois canards glissent au bas du tableau. Approchez-vous. Leur sillage scintille sur l’eau grise. Plus haut, une barque déborde de passagers serrés, costumes colorés et chapeax sur la tête. Un cheval blanc attend devant sa charrette. Vous sentez presque l’odeur humide des roseaux.
Le cuivre, une peau froide sous la lumière
Posez la main sur un cuivre : il est froid, dur, sans le moindre grain. Pas de trame de toile, pas de fibre de bois. Le pinceau glisse sans accroc. Le métal ne boit pas l’huile. Chaque couche reste à la surface, fine et transparente, et la couleur garde son éclat. Jan Brueghel l’Ancien adopte ce support en Italie, dans les années 1590. À Anvers, des artisans spécialisés lui fournissent ensuite ses plaques, souvent poinçonnées au revers. Observez maintenant le ciel. À gauche, une lueur jaune pâle se dissout vers l’horizon. À droite, les nuages gris-bleu s’épaississent. Le fleuve recueille toute cette lumière comme un miroir terni. La composition s’ouvre en diagonale. L’eau fuit vers la gauche, le village se resserre à droite, sous un grand arbre penché. Les silhouettes du lointain ne font que quelques millimètres. Vous pouvez les scruter en haute définition sur vmuseum.fr.
Les Brueghel : le fils, le père et le fleuve
Jan Brueghel I naît à Bruxelles en 1568. Il est le fils de Pieter Bruegel l’Ancien. Après plusieurs années en Italie, il s’installe à Anvers en 1596. Ce cuivre appartient à la peinture flamande du début du XVIIe siècle. Il ne raconte pourtant aucune fable. Pas de proverbe, pas de leçon. Des gens embarquent, déchargent, attendent. Le père moralisait le monde. Le fils le regarde respirer. Tout s’agite ici, et pourtant rien ne se passe.
Actualité : Brueghel et les proverbes au KMSKA
Les visiteurs qui viendront admirer le Paysage fluvial de Jan Brueghel l’Ancien au KMSKA pourront bientôt le replacer dans l’héritage familial. Du 27 février au 6 juin 2027, le musée anversois présente « Plus fou que les mots. Bruegel et les proverbes dans l’art », que l’institution présente comme la première exposition d’envergure consacrée au rôle des proverbes et du langage figuré dans les arts visuels. Le parcours s’articule autour de Pieter Bruegel, le père de Jan, et de la dizaine d’années qu’il passa à Anvers. L’exposition montre aussi comment Rubens, Rembrandt, Michaelina Wautier, Jacques Jordaens et Jan Steen ont suivi ses traces en traduisant à leur tour des proverbes en images, avec des parallèles inattendus dans la céramique d’Iran et de Chine ou les estampes japonaises. C’est une bonne occasion de comparer l’univers foisonnant et moralisateur du père avec la finesse miniaturiste du fils, dont ce petit cuivre de 1603 est un très bel exemple.
Source : KMSKA.
Une question pour vous
Sur la barque de gauche, des chevaux traversent le fleuve debout, au milieu des passagers. Comment tiennent-ils sur cette coque qui tangue ?
À propos de cette œuvre
- Paysage fluvial
- Jan Brueghel l’Ancien
- 1603, KMSKA
- Huile sur cuivre
- 39 × 60 cm
- KMSKA, Musée royal des beaux-arts d’Anvers
- https://kmska.be/fr/chefdoeuvre/paysage-fluvial
