
Ce petit format sur cuivre me fascine à chaque fois que je m’y arrête. La taille est presque trompeuse : à peine 35 centimètres de large, et pourtant Brueghel y déploie un monde entier. On retrouve ici toute la finesse qui a valu à l’artiste son surnom de « Brueghel de Velours », cette manière si particulière de fondre les tons, d’estomper les couleurs comme on caresserait une étoffe précieuse.
Le sujet, un retour de chasse, n’est qu’un prétexte : la vraie star du tableau, c’est la forêt elle-même, traitée en une véritable fresque qui s’étire jusqu’à un horizon bleuté. J’aime particulièrement observer comment Brueghel gère la perspective aérienne. Les verts sombres et détaillés du premier plan cèdent peu à peu la place à des bleus de plus en plus diffus à mesure que le regard s’enfonce dans le paysage, jusqu’à se dissoudre presque entièrement au loin. C’est un effet qu’on retrouve dans beaucoup de ses paysages, et qui donne toujours cette sensation d’infini propre à la peinture du Nord.
Et puis il y a les détails, ceux qu’on ne voit qu’en s’approchant : quelques oiseaux qui traversent le ciel, la précision presque microscopique du feuillage, les petites figures animées qui peuplent la scène. C’est cette accumulation qui fait tout le charme des tableaux de Brueghel de Velours : plus on regarde, plus on découvre.
On attendrait une scène de chasse : un cor, des cris, une bête traquée. Ce n’est pas cela. Vos yeux tombent d’abord sur un chêne démesuré, ses branches courbées comme un arc contre le ciel. Chasseurs et chiens n’occupent qu’une partie du panneau, presque relégués au bord de l’image.
Ce que cache la surface
Le panneau est en cuivre, lisse et froid sous la matière picturale. Cette surface dure interdit tout empâtement, toute rugosité visible. Jan Brueghel l’Ancien y dépose des glacis minces, presque transparents, couche après couche. La lumière semble sourdre du métal lui-même. Regardez le passage du vert sombre au bleu pâle, de la forêt vers l’horizon : les tons s’estompent sans rupture, par fondus successifs. Sous les frondaisons du premier plan, une ferme se devine à peine, déjà noyée d’ombre. Plus loin, des montagnes bleutées et une ville se dissolvent dans la brume. Cette gradation chromatique construit une profondeur vertigineuse pour un format qui tient presque dans une main. La chasse, elle, reste un prétexte au bord du chemin.
L’artiste et son époque
Jan Brueghel l’Ancien naît à Bruxelles en 1568, fils cadet de Pieter Bruegel l’Ancien. Formé à la peinture de miniature, il développe très tôt un sens aigu du détail minuscule. Vers 1589, il part en Italie, où il séjourne plusieurs années, au contact de mécènes comme le cardinal Borromée. Cette peinture date de cette période féconde, vers 1594-1595. De retour à Anvers, il devient peintre de la cour des archiducs Albert et Isabelle, et croise Rubens, avec qui il collaborera sur plusieurs compositions majeures.
Actualité
En 2025, le musée de Flandre à Cassel a célébré les 400 ans de la mort de Jan Brueghel l’Ancien. L’exposition Brueghel & Van Balen, artistes & complices y a réuni des prêts exceptionnels du Louvre, du Prado et du Mauritshuis, consacrés à sa collaboration avec le peintre Hendrick van Balen.
Source : Musée de Flandre, Cassel
Une question pour vous
💭 Qu’est-ce qui attire votre regard en premier : les chasseurs, ou la forêt qui les engloutit ? 👀
À propos de cette œuvre
- Le Retour de la chasse
- Jan Brueghel l’Ancien (dit Brueghel de Velours)
- vers 1594-1595
- Huile sur cuivre
- 24,9 x 34,6 cm
- Musée d’Arts de Nantes
- https://www.navigart.fr/museedartsdenantes/artwork/brueghel-de-velours-jan-i-brueghel-dit-le-retour-de-la-chasse-110000000006031






