
À retenir
Peint en 1872 par le Néerlandais Johan Barthold Jongkind (1819-1891), Moulin au bord d’une rivière, clair de lune représente un paysage fluvial nocturne : un moulin à vent en contre-jour, un bateau à l’ancre et une pleine lune perçant les nuages. Conservée au Musée d’arts de Nantes, cette huile sur toile associe l’héritage des paysagistes hollandais du XVIIe siècle à une touche libre et rapide. Jongkind composait ses huiles à l’atelier, d’après des croquis et aquarelles réalisés en extérieur. Claude Monet, qu’il rencontre en 1862, lui attribuait l’éducation définitive de son œil. Le tableau illustre ainsi le rôle de Jongkind comme précurseur de l’impressionnisme, deux ans avant la première exposition du groupe.
Voici un précurseur de l’impressionnisme dont Monet lui-même reconnaissait l’influence : il affirmait lui devoir « l’éducation définitive de son œil ». J’aime ici le jeu avec la lumière de la lune, un motif que Jongkind a repris tout au long de sa carrière, dans la lignée des grands nocturnes hollandais du XVIIe siècle comme ceux d’Aert van der Neer. Un paysage de bord de rivière avec ce moulin qui trône à gauche, entouré de quelques maisons, et ce bateau à droite qui équilibre la composition. La lune éclaire le ciel et l’eau dans un halo arrondi, et son reflet trace un chemin lumineux qui guide le regard vers le cœur du tableau. Les nuages façonnent le ciel et semblent encore en mouvement. L’atmosphère est humide et claire, les tons très contrastés : la pleine lune éclaire fortement la scène, entre ombres chinoises et tons bruns. Ce qui me frappe le plus, c’est que Jongkind parvient à rendre une impression fugace, l’instant précis où la lune perce les nuages, avec une touche libre et rapide qui annonce déjà les recherches des impressionnistes. En 1872, deux ans avant la première exposition impressionniste, ce petit format dit déjà beaucoup de ce qui va suivre.
Posez l’œil sur ce petit disque, juste à gauche du centre. La lune n’est pas blanche. Elle est crème, presque tiède. Une fine bande de nuage sombre la coupe net. Sous elle, l’eau renvoie une colonne de lumière brisée. Vous sentez l’humidité de l’air avant même de voir le moulin.
Une nuit reconstruite à l’atelier
Approchez-vous de la toile. Le ciel n’est pas fondu. Il est posé par touches horizontales, courtes, chargées de matière. Gris vert, bleu ardoise, puis soudain des éclats rose et lie-de-vin au bord des nuages. Autour de la lune, la pâte s’épaissit en un halo qui tourbillonne. Le reflet se construit par petits traits cassés, comme une eau qui frémit sous la brise. Au centre, une passerelle se découpe en contre-jour. La signature et la date, 1872, s’inscrivent dans la pâte sombre du premier plan.
Voici le paradoxe. Jongkind ne peint pas ses huiles devant le motif. Il les compose à l’atelier, d’après des croquis et des aquarelles pris en extérieur. Cette nuit qui semble saisie sur le vif est donc une nuit rebâtie de mémoire. La touche, elle, garde la vitesse d’un premier regard.
Jongkind et son époque
Né aux Pays-Bas en 1819, Johan Barthold Jongkind se forme à La Haye auprès d’Andreas Schelfhout. Il poursuit à Paris avec Eugène Isabey, puis s’installe définitivement en France à partir de 1860. En Normandie, il rencontre le jeune Claude Monet en 1862. Son moulin porte la mémoire des paysagistes hollandais. Sa touche regarde déjà vers l’impressionnisme. Il meurt en 1891 et repose à La Côte-Saint-André, en Isère.
Actualité : le Musée d’arts de Nantes
Conservé au Musée d’arts de Nantes, ce Moulin au bord d’une rivière, clair de lune s’inscrit dans une collection de premier plan : le fonds du musée compte plus de 14 000 œuvres, dont près de la moitié relève de l’art moderne et contemporain. L’institution a récemment consacré une grande exposition aux effets atmosphériques en peinture : « Sous la pluie. Peindre, vivre et rêver », présentée du 7 novembre 2025 au 1er mars 2026, rassemblait près de 150 œuvres de Turner, Caillebotte, Brassaï ou Courbet, une thématique qui fait écho aux recherches de Jongkind sur la lumière et les ciels changeants. Jusqu’au 3 janvier 2027, les visiteurs peuvent découvrir « Plants and People » ainsi que « Neurone Miroir » d’Eva Taulois.
Source : Musée d’Arts de Nantes.
Une question pour vous
Jongkind peint une lune qui perce les nuages ; Monet signera au Havre un soleil qui perce la brume dans Impression, soleil levant. Le maître et l’élève peignaient-ils au fond le même instant, l’un de nuit, l’autre à l’aube et quelle différence fondera l’impressionnisme ?
À propos de cette œuvre
- Moulin au bord d’une rivière, clair de lune
- Johan Barthold Jongkind
- 1872
- Huile sur toile
- 34 x 47 cm
- Musée d’arts de Nantes
