
Florence, vers 1500. Dans l’atelier de Filippino Lippi, un petit panneau de bois prend vie. Sur à peine 17 cm de hauteur, toute la douleur du monde s’immobilise.
Une composition suspendue entre vie et mort
Le Christ mort occupe le centre. Son corps s’abandonne. Nicodème, coiffé d’un turban bleu saphir, soutient le torse de ses deux mains. Sa robe framboise vibre contre la pâleur du Christ. Deux anges aux ailes pastel — bleu, rose, jaune — maintiennent chaque bras. L’un lève les yeux vers le visage du Christ. L’autre baisse le regard, tenant la couronne d’épines. Un tissu blanc serpente entre les corps, séparant la chair divine des mains.
La pietà florentine à l’aube de la Renaissance tardive
Autour de 1500, Florence traverse une crise spirituelle. Savonarole a brûlé les vanités. La dévotion s’intensifie. Les petits formats dévotionnels répondent à une demande privée. Filippo Lippi peint pour toucher, non pour impressionner. Le thème de la lamentation du Christ mort, hérité de la tradition byzantine, se charge ici d’une douceur toute florentine. Nicodème, ce notable juif qui apporta les aromates pour embaumer le Christ et participa à sa mise au tombeau, incarne le croyant de l’ombre qui agit avec discrétion et tendresse.
Filippino Lippi
Filippino Lippi (1457-1504), fils du peintre Fra Filippo Lippi et élève de Botticelli, domine la peinture florentine des années 1480-1500. Son style mêle élégance linéaire et intensité expressive. Cette Pietà concentre sa maîtrise du clair-obscur et sa capacité à faire vibrer l’émotion dans les formats les plus intimes.
Une question pour vous
💭 Entre l’héritage de Fra Filippo et la leçon de Botticelli, reconnaissez-vous ici la main d’un héritier, ou celle d’un maître indépendant ?
À propos de cette œuvre
- Pietà (Le Christ mort pleuré par Nicodème et deux anges)
- Filippino Lippi
- vers 1500
- Huile (et peut-être tempera) sur panneau
- 17,5 × 33,3 cm
- National Gallery of Art, Washington
- https://www.nga.gov/artworks/41701-pieta-dead-christ-mourned-nicodemus-and-two-angels






