
À retenir
Jan Gaspard Gevartius (1628-1631) est un portrait à l’huile sur bois de Pierre Paul Rubens, conservé au KMSKA, musée royal des beaux-arts d’Anvers. Il montre l’humaniste (1593-1666), secrétaire de la ville d’Anvers et ami du peintre, devant un buste de Marc Aurèle. Rattaché à la peinture baroque flamande, le tableau s’inscrit dans la dernière période stylistique de Rubens (1630-1640). Il fait pendant, en miroir, au portrait du père de Gevartius. Rubens en a peint le visage et les mains, un assistant le costume et l’arrière-plan.
Le portrait d’un Anversois célèbre du XVIIe siècle, peint par Rubens. Je le trouve intéressant car il témoigne de son époque à travers la représentation de Gevartius, un érudit en plein travail. La plume à la main, il écrit sous le regard du buste de Marc Aurèle, empereur romain et philosophe. Ce face-à-face entre l’humaniste et son modèle antique est, pour moi, le cœur du tableau : le savoir et la réflexion y sont mis en scène comme de véritables valeurs. J’aime aussi le détail des deux pages encore vierges du manuscrit, qui donne l’impression de surprendre Gevartius au milieu de son travail, comme si l’écriture allait reprendre d’un instant à l’autre.
Le portrait est aussi plus réservé que d’autres portraits d’humanistes peints par Rubens, souvent plus francs et directs. Cela s’explique par le fait qu’il devait faire pendant à celui du père de Gevartius, avec la même composition inversée. Cette retenue me paraît plutôt bien convenir à un secrétaire de la ville, homme de lettres et d’apparat.
Intéressant aussi car l’on sait que Pierre Paul Rubens a essentiellement peint les éléments nobles du portrait, le visage et les mains, laissant à son atelier le costume et l’arrière-plan, une pratique courante au XVIIe siècle. Le choix me semble cohérent : l’habit noir et l’arrière-plan discret concentrent le regard sur le visage et les mains, c’est-à-dire sur la pensée et sur le geste d’écrire. Enfin, savoir que Gevartius était un ami du peintre, et qu’il a rédigé l’épitaphe de sa tombe, donne à ce portrait une dimension encore plus personnelle.
Regardez d’abord la pointe de la plume d’oie. Elle reste suspendue au-dessus de deux pages blanches. Assis à son écritoire, Jan Gaspard Gevartius tourne la tête vers vous. Sa fraise blanche, finement plissée, tranche sur le noir de l’habit. À gauche, un buste antique le fixe.
Ce que cache ce portrait de Jan Gaspard Gevartius
La lumière frappe le visage, la fraise et les mains. L’habit l’absorbe. Cette huile sur bois change de facture d’une zone à l’autre. Les feuillets s’épaississent en empâtements blancs, la manche noire garde des reflets bleutés. Cherchez ensuite le monogramme « MV » dans l’arrière-plan. C’est la marque de Michiel Vriendt, facteur de panneaux auquel Rubens recourt souvent. Vers 1611-1612, dans Les Quatre Philosophes (Florence), Rubens s’entoure déjà de lettrés sous un buste dit de Sénèque. Son frère Philip figure parmi eux. Ici, plus de cercle : un homme seul, face à un empereur philosophe qui le fixe.
Pierre Paul Rubens et son époque
La main qui écrit travaille pour Anvers : Gevartius en est le secrétaire communal dès 1621. Le 29 décembre 1628, Pierre Paul Rubens lui écrit de Madrid, en mission de paix. Il semble que Gevartius l’ait prié d’y chercher des textes de Marc Aurèle dans des bibliothèques privées. Le portrait, peint vers 1630, relève de la dernière période du maître, dans la peinture baroque flamande. En 1634, ils préparent ensemble la Joyeuse Entrée du cardinal-infant Ferdinand. Au peintre, les décors ; à l’érudit, les inscriptions.
Actualité : Rubens à Valence
Rubens à l’affiche à Valence (Espagne). Jusqu’au 4 octobre 2026, le Musée des beaux-arts de Valence (Espagne) présente l’exposition « Rubens. El florecimiento de un genio », sous le commissariat d’Ana Diéguez-Rodríguez. Elle réunit 61 œuvres qui retracent sa formation artistique auprès de maîtres comme Tobias Verhaecht et Adam van Noort. Le parcours suit le jeune peintre de son apprentissage jusqu’à son admission comme maître à la guilde de Saint-Luc d’Anvers en 1598, puis à son retour d’Italie, quand commence la relation privilégiée avec les archiducs Albert et Isabelle.
Source Musée des beaux-arts de Valence
Une question pour vous
Si vous deviez choisir un seul détail pour attribuer ce tableau à Rubens, lequel retiendriez-vous ?
À propos de cette œuvre
- Jan Gaspard Gevartius
- Pierre Paul Rubens (1577-1640)
- 1628-1631
- Huile sur bois
- 118,5 × 97,7 cm
- KMSKA – Musée royal des beaux-arts d’Anvers
- https://kmska.be/fr/chefdoeuvre/jan-gaspard-gevartius
