
Le monde des rêves nous saisit souvent, et c’est précisément ce tableau de Diziani qui nous a rappelé combien cette fascination est ancienne. Des prêtres égyptiens aux neurosciences contemporaines, chaque époque a voulu déchiffrer ce langage nocturne. Ce qui ne change pas, c’est le besoin : l’être humain a toujours refusé que ses rêves ne signifient rien. Chez VMuseum, c’est cette résonance entre une scène du 18e siècle et nos propres nuits qui nous a donné envie de vous présenter cette œuvre aujourd’hui.
Que voit Joseph, l’étranger captif, dans le songe du pharaon que toute la cour, assemblée, ne peut percevoir ?
Une scène suspendue
Au centre de la toile, le jeune Joseph se tient debout. Chemise blanche, manteau bleu, drapé écarlate noué à la ceinture, bottes ocre. Son geste reste suspendu, doigts joints, regard levé vers le souverain. Le pharaon, drapé d’or, s’incline depuis son trône grenat sculpté de volutes. Le dais vert profond pèse au-dessus de la scène. Diziani orchestre, dans cette huile sur toile, un véritable théâtre de regards. Conseillers ridés à droite, scribe penché à gauche, soldat au casque luisant, courtisans en arrière-plan. La lumière tombe en diagonale et sculpte les visages. Elle fait vibrer les rouges du tapis. Au fond, une arcade ouvre sur un ciel lavande. Un chien immobile, au seuil, ferme la composition.
Le songe et la cour
La scène vient de la Genèse. Joseph, jeune Hébreu emprisonné en Égypte, interprète les rêves du pharaon. Sept vaches grasses dévorées par sept maigres. Sept épis pleins remplacés par sept épis stériles. Il y voit l’annonce de sept années d’abondance, puis de famine. Diziani peint vers 1755. Venise vit alors le crépuscule de sa splendeur baroque. Les sujets bibliques restent prisés des cours catholiques européennes, qui y lisent des leçons de gouvernement. Le Joseph de Diziani incarne le sage conseiller du prince, figure familière au siècle des Lumières. Le château de Johannisburg, ancienne résidence des archevêques-électeurs de Mayence, dépend aujourd’hui des collections nationales bavaroises.
L’artiste
Gaspare Diziani (1689-1767) se forme à Belluno avant de rejoindre Venise très jeune. Il travaille pour les théâtres, peint des décors, voyage jusqu’à Munich et Dresde. Ses compositions enlevées, théâtrales et virtuoses incarnent le dernier rococo vénitien. Il préside à plusieurs reprises l’Accademia veneziana, fondée en 1750. Sa trajectoire éclaire la peinture vénitienne tardive.
Actualité : Diziani redécouvert à Venise
En avril 2026, la Fondazione Dries Van Noten ouvre ses portes au Palazzo Pisani Moretta, à Venise. L’événement remet en lumière l’héritage de Diziani. Chiara Pisani avait commandé au peintre, avec Jacopo Guarana, plusieurs décors dans les années 1740. Ces fresques baroques dialoguent désormais avec 200 œuvres contemporaines, jusqu’au 4 octobre 2026.
Source : fondazionedriesvannoten.org/en/palazzo
Une question pour vous
💭 Et vous, à qui confieriez-vous le récit d’un songe inquiétant, que vous ne parvenez pas vraiment à interpréter ?
À propos de cette œuvre
- Joseph interprétant les songes du pharaon
- Gaspare Diziani
- vers 1755
- Huile sur toile
- 86,3 x 118,7 cm
- Collection nationale de peintures de Bavière, Galerie d’État du château de Johannisburg, Aschaffenburg
- https://www.sammlung.pinakothek.de/de/artwork/jpxeyDvxJ7/gaspare-diziani/josef-deutet-die-traeume-des-pharao






