
Dans cette « Allégorie de la Musique » (1649), Laurent de La Hyre nous offre une composition d’une harmonie parfaite où chaque élément répond à une orchestration visuelle minutieuse.
Une jeune femme à la beauté idéalisée, drapée dans des étoffes aux teintes chaudes d’ocre et de vermillon, accorde son théorbe. Ce geste, loin d’être anodin, symbolise la quête perpétuelle d’harmonie que poursuit l’art musical. L’artiste déploie un langage classique d’une grande élégance : colonnes cannelées évoquant l’Antiquité, perspective maîtrisée, lumière ambrée qui modèle subtilement les volumes. Le petit oiseau, témoin discret de cette scène, introduit une touche naturelle face à la musique savante. La richesse des détails témoigne d’une connaissance approfondie de l’univers musical. La Hyre transforme ainsi une allégorie conventionnelle en une méditation visuelle sur la nature même de l’art musical, suspendue entre théorie et sensualité.
Pour aller plus loin
- Allégorie de la musique, par Laurent de La Hyre, en 1649
- 105.7 x 144.1 cm
- The Metropolitan Museum of Art, Fifth Avenue, New York, exposé galerie 622
- https://www.metmuseum.org/art/collection/search/436836
Laurent de La Hyre (1606-1656) incarne l’âge d’or du classicisme français. Membre fondateur de l’Académie royale de peinture et de sculpture, il développe un style caractérisé par la clarté de la composition, l’élégance des figures et une lumière douce. Formé dans le sillage du maniérisme tardif, il évolue vers une expression plus mesurée, imprégnée des influences italiennes mais profondément française dans sa retenue et son raffinement intellectuel.
Cette « Allégorie de la Musique », réalisée pour l’hôtel particulier de Gédéon Tallemant, s’inscrit dans un ensemble consacré aux sept Arts libéraux, programme iconographique typique des demeures aristocratiques du Grand Siècle, reflétant l’idéal humaniste d’une culture encyclopédique.
La Musique parmi les arts libéraux
Allégorie de la Musique est l’une des sept toiles que Laurent de La Hyre (Paris, 1606 – Paris, 1656) consacre aux Arts libéraux pour la demeure parisienne de Gédéon Tallemant, magistrat et mécène du milieu du XVIIe siècle. Une jeune femme accordant un théorbe, instrument à cordes de la famille des luths, caractéristique de la musique savante du siècle, occupe le centre de la composition, entourée de colonnes cannelées et baignée d’une lumière ambrée qui filtre à travers un rideau de fond. Un petit oiseau posé à l’extrémité droite de la toile fait écho, par sa présence discrète, à l’idée de chant naturel que le geste d’accordage de la musicienne vient compléter.
Laurent de La Hyre et le classicisme parisien
La Hyre est l’une des figures essentielles de la peinture française du XVIIe siècle, moins célèbre que Poussin ou Claude Lorrain, dont il est pourtant contemporain, mais indispensable à la compréhension du classicisme parisien. Formé sans voyage en Italie, il développe son style à partir de l’étude de la gravure et de la collection française, absorbant les leçons de Raphaël et des Carrache sans jamais les imiter servilement. La série des Arts libéraux témoigne de sa capacité à charger des sujets d’allégorie abstraite d’une présence humaine convaincante : la musicienne de ce tableau n’est pas un symbole froid mais une figure habitée, dont le geste précis, accorder un instrument, ramène l’abstraction de la notion d’harmonie à un acte concret et quotidien. La Hyre fut l’un des membres fondateurs de l’Académie royale de peinture et de sculpture, créée en 1648, un an avant l’exécution de cette toile, ce qui fait de ce tableau un document du moment où la peinture française classique se donnait ses propres institutions.
