
À retenir
Bacchanale, huile sur toile de 77,47 × 105,73 cm, sans date connue, est conservée au Los Angeles County Museum of Art (LACMA). Sebastiano Ricci, peintre italien né à Belluno en 1659 et mort à Venise en 1734, en est l’auteur. Figure majeure de la peinture baroque vénitienne de la fin du XVIIe et du début du XVIIIe siècle, il ouvre la voie au style rococo qui s’épanouira ensuite avec Tiepolo. La toile illustre une bacchanale, fête mythologique célébrant Bacchus (Dionysos), à travers satyres, angelots et figures allongées dans un décor forestier. Elle confirme le goût constant de Ricci pour les sujets mythologiques, qu’il développa aussi lors de son séjour londonien pour Lord Burlington.
En observant ce tableau pour la première fois, une question m’est venue : qu’est-ce qu’une bacchanale, au juste ? J’imagine alors que c’est lié à Bacchus et vois que la composition montre une fête. En effet, quelques recherches m’ont appris qu’historiquement, les bacchanales étaient bien des fêtes célébrant Bacchus (Dionysos), dieu du vin et de l’extase, héritées des rites dionysiaques grecs avant d’être reprises par Rome. Leur réputation de débordements orgiaques fut d’ailleurs telle qu’elles furent officiellement interdites par le Sénat romain en 186 av. J.-C.
On a ici une figure masculine musclée qui domine la scène, bras levé, brandissant une coupe comme pour porter un toast ; autour d’elle s’agitent des angelots, un satyre aux jambes de bouc se mêle à la ronde, et une sculpture au masque grotesque (ce pilier sculpté que l’on trouvait dans les jardins antiques), semble veiller sur la scène à la lisière d’un bois. Tout, dans ce cadre forestier, respire l’abandon et l’ivresse.
Il me semble, au final, que Ricci ne peint ici que la face joyeuse de ces rites : ni scandale ni transgression apparente, mais une ivresse insouciante, presque enfantine, comme un souvenir édulcoré de fêtes autrefois redoutées.
Notre œil s’arrête d’abord sur une main droite, doigts refermés sur une coupe dorée. Elle se lève bien au-dessus des têtes. La lumière glisse sur le métal, puis sur une peau tendue par l’effort et la chaleur du vin. Autour, la toile se peuple vite : corps allongé sur un drap blanc, angelots suspendus en plein vol. Des drapés pendent aux branches d’un bois touffu. Rien n’est figé. Tout, ici, respire le mouvement et l’ivresse.
Description de la bacchanale
Sebastiano Ricci pose sa touche vite, presque nerveuse. Les carnations restent nacrées sous une lumière chaude. Les drapés claquent en larges pans de couleur, à la manière du baroque tardif vénitien. Rien n’est figé : chaque figure semble surprise en mouvement, saisie entre deux gestes. La composition organise pourtant un vrai récit. Un satyre aux jambes de bouc se penche vers le sol. Des angelots cueillent des grappes de raisin dans un panier tressé. Deux femmes, assises à l’écart sur la gauche, observent la fête sans y participer. Le sujet appartient au répertoire des bacchanales, très prisé dans la peinture italienne autour de 1700. Il annonce déjà, par sa légèreté de touche, le goût naissant pour le rococo.
Sebastiano Ricci et son époque
Né à Belluno en 1659, Sebastiano Ricci se forme à Venise, sans doute auprès de Federico Cervelli. Sa jeunesse est mouvementée. Un scandale à Parme, lié à une grossesse et une accusation d’empoisonnement, le contraint à fuir. Il parcourt ensuite Bologne, Rome, Vienne, Paris et Londres, où il peint plusieurs scènes bachiques pour Lord Burlington. Ce goût pour les sujets mythologiques le suit toute sa carrière. De retour à Venise, Ricci devient une référence pour la génération suivante. Son style clair et animé ouvre la voie au rococo de Tiepolo. Il meurt à Venise en 1734.
Actualité du LACMA
Le LACMA (Los Angeles County Museum of Art), qui conserve cette « Bacchanale » de Sebastiano Ricci, a franchi une étape majeure en avril 2026 : le musée a inauguré ses nouvelles David Geffen Galleries, un bâtiment signé par l’architecte suisse Peter Zumthor. Conçu comme un espace unique et non hiérarchisé, il accueille désormais l’ensemble de la collection permanente du musée, plus de 150 000 œuvres couvrant six millénaires d’histoire de l’art et marque l’aboutissement de vingt ans de transformation du campus muséal.
Source LACMA
Une question pour vous
💭 Et si cette toile n’était pas un aboutissement du baroque, mais déjà une esquisse du rococo à venir ?
À propos de cette œuvre
- Bacchanale
- Sebastiano Ricci
- sans date
- Huile sur toile
- 77,47 × 105,73 cm
- Los Angeles County Museum of Art (LACMA)
- https://collections.lacma.org/object/101097






