
À retenir
Montagne Sainte-Victoire (Paysage) est peinte par Pierre-Auguste Renoir en 1889, lors d’un séjour près d’Aix-en-Provence, dans une maison louée à la famille de Paul Cézanne. L’œuvre appartient à l’impressionnisme, à un moment où Renoir assouplit sa touche après une période marquée par l’influence d’Ingres et de Raphaël. Contrairement aux versions solitaires que Cézanne consacre au même sommet, Renoir peuple son paysage de cueilleurs d’olives, donnant à la scène une dimension narrative rare dans sa production paysagère. Conservée à la Barnes Foundation de Philadelphie, la toile éclaire la proximité personnelle et artistique entre Renoir et Cézanne, deux figures majeures de la peinture française de la fin du XIXe siècle.
La Sainte-Victoire peinte par un contemporain de Cézanne ! Je fais cette trouvaille en parcourant les collections de la Barnes Foundation, et elle retient aussitôt toute mon attention. Découvrir une version de cette montagne Sainte-Victoire mythique, immortalisée par l’œuvre de Cézanne, mais peinte cette fois par un autre géant de l’histoire de l’art, est une belle surprise. J’y retrouve ce bonheur si caractéristique de Renoir : une nature magnifiée par la couleur, et surtout la présence de personnages au premier plan, un choix qui tranche avec l’approche plus dépouillée de Cézanne, généralement seul face à sa montagne. Quelle œuvre intéressante que cette Sainte-Victoire vue par Renoir !
La Sainte-Victoire
Des silhouettes sous les oliviers. Renoir pose là ses cueilleurs, minuscules devant l’immensité bleutée de la Sainte-Victoire. Les branches d’olivier se tordent en vert tendre et gris-argent. Plus loin, la montagne se dissout presque dans le ciel, à peine plus dense que les nuages qui l’entourent. La lumière de Provence écrase les contours, dore la terre, adoucit chaque forme. Au loin, un hameau se devine entre les collines, à peine esquissé. Renoir signe et date la toile en bas à gauche : Renoir 89.
Pierre-Auguste Renoir
En 1889, Pierre-Auguste Renoir séjourne près d’Aix-en-Provence. Il loue une maison appartenant à la sœur et au beau-frère de Paul Cézanne. Les deux peintres se connaissent depuis les années 1860, formés dans le même bouillonnement impressionniste aux côtés de Monet et Sisley. Cézanne peint la Sainte-Victoire de dizaines de façons, presque toujours vide de présence humaine. Renoir, lui, choisit d’y installer des cueilleurs d’olives. La montagne devient alors décor, non sujet unique.
Pierre-Auguste Renoir naît à Limoges en 1841. Il débute comme peintre sur porcelaine, avant de rejoindre l’atelier du peintre Charles Gleyre à Paris. Il y rencontre Claude Monet, Alfred Sisley et Frédéric Bazille. Ensemble, ils posent les bases de l’impressionnisme. Renoir expose dès 1874, lors de la première exposition impressionniste. Un voyage en Italie, au début des années 1880, bouleverse sa peinture. Il découvre Raphaël et Ingres, et durcit un temps son trait. Cette période, dite aigre, culmine avec Les Grandes Baigneuses en 1887. Deux ans plus tard, à Aix-en-Provence, sa touche s’assouplit à nouveau. L’huile sur toile conserve une construction ferme : les figures ancrent le regard avant qu’il ne s’élève vers le sommet.
Ressentir
Regardez la chaleur qui monte du sol ocre. Sentez le poids du panier d’olives, le geste répété des cueilleurs. Renoir peint le bonheur simple d’un travail sous le soleil, loin de toute grandiloquence. La montagne, sublime, reste presque secondaire face à cette scène de vie. On y devine une tendresse pour les gens autant que pour le paysage. Peut-être Renoir cherche-t-il moins à rivaliser avec Cézanne qu’à partager un lieu aimé. Cette toile parle autant d’amitié que de paysage.
Actualité de la Barnes Foundation
En 2026, la Barnes Foundation reste un lieu d’actualité artistique : dans le cadre du 250e anniversaire des États-Unis, elle présente jusqu’au 18 janvier 2027 une installation immersive de l’artiste amérindien Sky Hopinka dans l’Annenberg Court, interrogeant l’histoire complexe des États-Unis avec les peuples autochtones. Le musée, qui conserve depuis 1912 des chefs-d’œuvre impressionnistes et post-impressionnistes tels que Montagne Sainte-Victoire (Paysage) de Renoir, poursuit ainsi sa vocation de dialogue entre patrimoine et création contemporaine.
Source : Barnes Foundation
Une question pour vous
Un seul tableau suffit-il à Renoir pour disputer à Cézanne la propriété artistique de cette montagne ?
À propos de cette œuvre
- Montagne Sainte-Victoire (Paysage)
- Pierre-Auguste Renoir
- 1889
- Huile sur toile
- 54,4 × 65,5 cm
- The Barnes Foundation, Philadelphie
- https://collection.barnesfoundation.org/objects/4997/Montagne-Sainte-Victoire-(Paysage)/
