
À retenir
Nymphe et Satyre est une huile sur panneau conservée au Mauritshuis de La Haye, cataloguée par le musée « d’après Pierre Paul Rubens ». Peinte vers 1600-1700 par une main que le musée ne nomme pas, elle reprend l’univers du baroque flamand, dont Rubens (1577-1640) est la figure principale. Un satyre, compagnon de Bacchus, et une jeune femme vêtue à la mode du XVIIe siècle présentent une corbeille de raisins et de fruits d’automne. La composition mêle fable mythologique, scène de genre et allégorie saisonnière. Entré au musée en 1844 par le don du jonkheer J.L. Cremer van den Bergh, le panneau illustre la diffusion des modèles de Rubens par ses copistes et suiveurs.
Voici une scène de genre déguisée en scène mythologique. Je trouve que la nymphe, avec son béret à plumes, ses perles dans les cheveux et son col de dentelle, fait bien plus référence à la scène de genre qu’à la fable antique : on croirait voir une jeune Anversoise du 17e siècle plutôt qu’une divinité des bois. Le satyre, lui, garde toute sa part de sauvagerie, avec sa barbe hirsute, sa fourrure qu’on devine dans l’ombre et surtout ce sourire en coin et ce regard plissé qu’il nous adresse directement, comme pour nous rendre complices. On peut y voir aussi un tableau allégorique de l’automne, avec cette corbeille débordante de raisins blancs et noirs, de pommes et de fruits jaunes qui ressemblent à des coings. Je trouve ce travail intéressant dans ce sens, car le peintre joue sur plusieurs lectures à la fois. L’artiste s’est profondément inspiré de Rubens ici et j’aime ce côté truculent qu’on ressent dans cette scène : les chairs rosées, le rouge éclatant du bonnet et de la robe qui se répondent, les grains de raisin qui accrochent la lumière comme des perles. Il y a quelque chose de joyeux et de charnel qui me fait sourire à chaque fois que je regarde ce panneau. Je crois que Rubens et ses suiveurs aimaient ce mélange entre scène de genre et mythologie, qui permettait de parler des plaisirs bien terrestres sous le vernis élégant de l’Antiquité. Je ne sais pas s’il y a aussi une lecture moralisatrice comme souvent dans les tableaux de l’époque. Le contraste entre la jeunesse de la nymphe et la concupiscence du satyre pourrait évoquer une mise en garde contre la tentation, mais l’ambiance me semble plus festive que sévère. Et vous, qu’en pensez-vous ?
Un point blanc. Posé au sommet d’un grain de raisin, il suffit à le gonfler de lumière. Regardez la corbeille : chaque baie porte ce reflet minuscule. Vous sentez presque la peau tendue du fruit sous le doigt. Puis le regard du satyre vous attrape. Il ne vous lâche plus.
Ce que cache la surface de Nymphe et Satyre
Approchez-vous du panneau. Deux fines lignes verticales traversent la scène de haut en bas. On y devine les joints des planches assemblées pour former le support. Le bois offre une surface lisse, sans le grain d’une toile. La lumière glisse donc sur les chairs comme sur une peau polie. Observez l’épaule du satyre : le rose s’y fond dans l’ocre par passages très doux. La fourrure, à l’inverse, se hérisse en petites touches sèches. Le peintre oppose le lisse et le rugueux, la nymphe et la bête. Les feuilles de vigne roussissent déjà sur leurs bords. C’est l’automne, saison des vendanges et de Bacchus. Le satyre appartient au cortège de ce dieu du vin. La nymphe, elle, porte la mode des villes flamandes. Fable antique ou vie quotidienne ? La scène refuse de choisir.
Pierre Paul Rubens et son époque
Pierre Paul Rubens naît à Siegen en 1577 et meurt à Anvers en 1640. Il incarne le baroque flamand. Ses inventions circulent, copiées et réinterprétées par d’autres mains. Le Mauritshuis catalogue d’ailleurs ce panneau « d’après Rubens ». La datation reste large : vers 1600-1700. Un siècle entier pour une seule image. Le tableau entre au musée en 1844, offert par le jonkheer J.L. Cremer van den Bergh.
Actualité : le Mauritshuis à l’automne 2026
À noter avant votre visite : selon la fiche du musée, cette Nymphe et Satyre est actuellement signalée comme non exposée. Le Mauritshuis vit en revanche un temps fort : du 15 octobre 2026 au 17 janvier 2027, il accueille une exposition montée avec le Museo Nacional Thyssen-Bornemisza de Madrid, dans le cadre d’un échange exceptionnel où 25 chefs-d’œuvre de La Haye partent en Espagne tandis que 25 œuvres majeures de la collection madrilène rejoignent les Pays-Bas. Placée sous le thème de l’amour, elle réunit notamment Jan van Eyck, Albrecht Dürer, Le Greco, Antonello da Messina, Piero della Francesca et Bronzino. Du côté de Rubens, les amateurs du maître anversois peuvent aussi se rendre à la Rubenshuis d’Anvers, où un feuillet recto verso de 1607 réunissant un dessin autographe et une lettre manuscrite de Rubens, acquis à la TEFAF par la Fondation Roi Baudouin, est présenté à la Rubens Experience jusqu’à fin novembre 2026.
Source : Mauritshuis et Rubenshuis.
Une question pour vous
Que voyez-vous ici, une joyeuse scène de genre ou bien une scène moralisatrice mettant en garde contre la tentation ?
À propos de cette œuvre
- Nymphe et Satyre
- d’après Pierre Paul Rubens
- vers 1600-1700
- Huile sur panneau
- 108 x 78 cm
- Mauritshuis, La Haye
- https://www.mauritshuis.nl/fr/decouvrir-la-collection/oeuvres-d-art/246-nymph-and-satyr
