
À retenir
Peinte entre 1910 et 1914, Papillons et fleur est une aquarelle sur papier d’Odilon Redon (1840-1916), conservée au Petit Palais, musée des Beaux-Arts de la Ville de Paris. Quatre papillons colorés s’élèvent vers une fleur à peine esquissée, sur un fond vaporeux. L’œuvre appartient à la dernière période de l’artiste, figure majeure du symbolisme français. Après 1900, Redon délaisse ses célèbres « Noirs », fusains et lithographies ténébreux, pour une peinture lumineuse et colorée. Ces aquarelles de papillons, empreintes de joie et de rêverie, illustrent ce basculement décisif vers la couleur, qui influencera les Nabis et les Fauves.
Je cherchais au départ un « Noir » d’Odilon Redon, ces fusains et lithographies sombres qui ont fait sa réputation, pour compléter la présentation de son œuvre. Mais je l’avoue : difficile d’en choisir un qui illumine la journée, tant l’ambiance y est ténébreuse ! En parcourant une nouvelle fois les collections du Petit Palais, à Paris, je suis tombé sur tout le contraire : une petite aquarelle lumineuse, à peine plus grande qu’une carte postale (24 × 15,7 cm), que je n’ai pas pu résister à partager. Elle respire la joie. Sur un fond laissé vaporeux, des papillons virevoltent au-dessus d’une fleur solitaire, dans des touches de couleur qui semblent flotter. On est à mille lieues des angoisses de ses débuts : c’est le Redon de la fin de vie, celui qui a basculé dans la couleur. Quoi de mieux pour nourrir une journée d’été ?
Voir
Un rouge corail, presque translucide. C’est l’aile haute du grand papillon, au centre. Regardez-le mieux. Le bas des ailes vire à l’orangé, au jaune safran. Autour, trois autres papillons flottent : un bleu lavande, un jaune tacheté, un brun minuscule. Le fond reste vaporeux, bleu-vert, indécis. Quatre papillons, donc. Et la fleur promise par le titre ? En bas, à droite. À peine tracée. Un fantôme d’or pâle.
Comprendre
Odilon Redon a longtemps peint le noir. Fusains, lithographies : ses fameux « Noirs ». Des monstres, des yeux, des cauchemars. Le maître du symbolisme, côté ténèbres. Puis, après 1900, tout change. Il abandonne le fusain. Il passe à la couleur. Pastels, huiles, aquarelles envahissent son œuvre. Les papillons arrivent avec cette période tardive. Redon meurt en 1916. Ces aquarelles comptent parmi ses derniers gestes. La technique reste légère, mouillée, sans contour dur. Regardez les fondus : l’eau porte la couleur. Le symbolisme n’a pas disparu pour autant. Ces insectes ne sont pas des insectes. Une faune irréelle, plutôt. Un rêve posé sur le papier.
Ressentir
Alors on sourit. Difficile de résister. Les papillons montent, légers, vers une fleur qu’on devine à peine. Rien de pesant. Rien de triste. L’homme des cauchemars finit dans la lumière. Observez encore la fleur du titre. Nommée, puis presque effacée. Le sujet annoncé se dérobe. Les papillons, eux, dansent au premier plan. La joie l’emporte. Une joie fragile, aquarelle, prête à s’évaporer.
Actualité – Redon à l’honneur en 2026
L’intérêt pour Odilon Redon (1840-1916) ne se dément pas : du 14 juillet au 18 octobre 2026, le Getty Center de Los Angeles consacre à l’artiste l’exposition Odilon Redon: Otherworldly Visions, qui retrace son parcours des sombres « Noirs » à l’explosion chromatique de sa maturité. Cette période tardive, dominée par les fleurs, les papillons et les rêveries végétales, est précisément celle dont relève notre Papillons et fleur (vers 1910-1914).
Source : Getty Museum
Une question pour vous
💭 Symboliste par les thèmes, presque abstrait par la touche : de quel côté de l’histoire de l’art ces papillons font-ils basculer Redon ?
À propos de cette œuvre
- Papillons et fleur
- Odilon Redon
- entre 1910 et 1914
- Aquarelle sur papier
- 24 × 15,7 cm
- Petit Palais, musée des Beaux-Arts de la Ville de Paris (Paris Musées)
- https://www.parismuseescollections.paris.fr/fr/petit-palais/oeuvres/papillons-et-fleur
Pour en savoir plus lisez la biographie illustrée d’Odilon Redon sur Vmuseum.




