À retenir
Peint par Raoul Dufy en 1943, L’Arlequin représente une figure de la commedia dell’arte dans un paysage aux couleurs vives, la couleur débordant volontairement du dessin au trait noir. L’huile sur toile appartient aux collections du Musée d’Art moderne de Paris, au sein de Paris Musées. Dufy, né au Havre en 1877 et mort à Forcalquier en 1953, s’est d’abord rattaché au fauvisme avant de développer un style personnel où le dessin rapide et la couleur en aplats fonctionnent indépendamment l’un de l’autre. En 1943, en pleine Occupation, il vit replié dans le sud de la France, où une sévère polyarthrite affecte déjà ses mains depuis plusieurs années.
Ce qui me fascine toujours chez Raoul Dufy, c’est ce mariage entre le dessin et la couleur. Ici, dans L’Arlequin, le trait noir court librement sur la toile, presque indépendant des aplats colorés qu’il ne cherche jamais vraiment à contenir, c’est la fameuse « couleur qui déborde du dessin » chère à Dufy, et elle saute aux yeux sur ce tableau. Le personnage, bras croisés, campé au centre dans son costume de vert, jaune, rose et de bleu, a une présence étonnamment vivante malgré la simplicité apparente des formes. J’aime aussi la profondeur du paysage derrière lui : la petite maison au toit rouge sur la gauche, l’averse de pluie, les silhouettes esquissées sous les arbres à droite, le sol orangé qui s’étend au premier plan… tout est suggéré en quelques touches, mais rien ne manque. Et puis il y a ce détail que je trouve excellent : un arc-en-ciel bleu, blanc, rouge se déploie dans le ciel, presque comme un clin d’œil tricolore glissé discrètement dans la composition. Un tableau qu’on croirait joyeux et léger au premier regard, mais qui, une fois qu’on s’y attarde, révèle une vraie densité picturale.
Regardez d’abord ces bras croisés, au centre exact de la toile. Les mains se ferment, quand tout le reste du corps semble danser dans les rayures vertes, roses et bleues du costume. Un visage encadré de mèches noires en pointe regarde de biais, entre gravité et sourire retenu.
Ce que cache la surface de l’Arlequin
Le trait noir domine, sec, rapide, presque calligraphique. Cette dissociation entre le dessin et la couleur, Dufy la théorise dès les années 1920 : selon lui, l’œil retient la couleur plus vite que le contour. D’où cette liberté du pinceau, qui glisse hors du trait sans jamais s’y raccorder au millimètre. Regardez le vert du buste qui déborde sur le rose de la manche. Regardez le sol orangé qui mord sur le tissu du pantalon. Rien n’est ajusté, et c’est voulu. Autour du personnage, le décor se construit en quelques touches franches : une maison au toit rouge, un arc-en-ciel tricolore glissé dans un ciel zébré de pluie. Ce goût du motif décoratif n’est pas un hasard. Dufy a collaboré près de vingt ans avec les soyeux Bianchini et Férier, dessinant pour l’industrie textile.
Raoul Dufy et son époque
Raoul Dufy naît au Havre en 1877. En 1943, la France est occupée. Le peintre vit replié en zone libre, dans le sud du pays, où un médecin tente de soigner l’arthrite qui déforme ses mains depuis le milieu des années 1930. Il continue pourtant de peindre, malgré la douleur, ces scènes de fête et de couleur qui ont fait sa réputation depuis le fauvisme. Il meurt à Forcalquier en 1953, après avoir cherché un climat plus clément pour soulager ses articulations.
Actualité du Musée d’Art moderne de Paris
Le Musée d’Art moderne de Paris, qui conserve L’Arlequin de Raoul Dufy au sein de ses collections permanentes, accueille du 2 octobre 2026 au 7 février 2027 le Prix Marcel Duchamp, pour la deuxième année consécutive. Créé en 2000 par l’ADIAF et organisé depuis l’origine en partenariat avec le Centre Pompidou, ce prix compte parmi les distinctions de référence de la scène contemporaine française ; il a notamment récompensé par le passé des artistes comme Kader Attia ou Dominique Gonzalez-Foerster. Pour cette 26ᵉ édition, quatre artistes sont en lice : Joël Andrianomearisoa, le duo Brognon Rollin, Laura Henno et Josèfa Ntjam. Ils présentent leurs œuvres en accès libre au sein même des collections du musée. Le nom du lauréat sera dévoilé le 22 octobre 2026, lors de la Semaine de l’art, par un jury international présidé par Xavier Rey, directeur du Musée national d’art moderne. Cette programmation s’inscrit dans le cadre du dispositif « Constellation », qui voit le MAM accueillir les expositions du Prix Marcel Duchamp jusqu’en 2029, le temps des travaux de rénovation du bâtiment historique du Centre Pompidou, confirmant le rôle du musée comme lieu d’exposition de référence pour l’art moderne et contemporain à Paris, aux côtés de sa collection permanente qui comprend des œuvres de Picasso, Matisse ou encore Dufy.
Source : Musée d’art moderne de Paris
Une question pour vous
Entre la tapisserie de verdure, le décor de théâtre et le fond peint des ateliers de portraitistes, d’où ce paysage suspendu derrière l’Arlequin trouve-t-il vraiment son origine ?
À propos de cette œuvre
- L’Arlequin
- Raoul Dufy
- 1943
- Huile sur toile
- Paris Musées, Musée d’Art moderne de Paris
- https://www.parismuseescollections.paris.fr/fr/musee-d-art-moderne/oeuvres/l-arlequin

