
À retenir
Peint en 1916 par l’artiste belge Theo van Rysselberghe, né à Gand en 1862 et mort au Lavandou en 1926, Paysage du Midi représente un pin dressé sur la côte rocheuse de Saint-Clair, face à la Méditerranée et aux îles du Levant et de Port-Cros. La toile relève du divisionnisme, ou néo-impressionnisme, dont le peintre fut un représentant important en Belgique. Elle appartient à sa période méridionale, durant laquelle il adapte la division des tons héritée de Seurat en touches plus longues et plus libres. Cofondateur du Groupe des XX à Bruxelles, Van Rysselberghe consacre la fin de sa carrière au littoral varois. L’œuvre est conservée au Centraal Museum d’Utrecht.
Theo van Rysselberghe est un représentant important du divisionnisme en Belgique, et cette toile en est une belle démonstration. Lorsque je la découvre, c’est d’abord la technique qui me saisit : le paysage n’est pas peint en aplats, il est construit par une multitude de petites touches de couleur juxtaposées, que l’œil recompose de lui-même à distance. En 1916, le peintre a pris ses libertés avec la rigueur du pointillisme de Seurat : la touche s’allonge, s’assouplit, et c’est ce qui donne à la scène sa respiration. La toile semble saisir la fin du jour sur la Méditerranée, dans une lumière qui fait vibrer la mer et les reliefs. La notice du Centraal Museum cite une lettre qui permet de situer précisément le point de vue : nous sommes à Saint-Clair, au Lavandou, avec l’île du Levant à gauche et l’île de Port-Cros à droite. Savoir que van Rysselberghe peignait ce paysage depuis chez lui, sur cette côte qu’il avait adoptée, change pour moi la lecture du tableau : ce n’est pas une vue de passage, mais un regard familier, presque intime. Ce que j’aime avant tout, c’est ce rendu vibrant. De près, on ne voit qu’un réseau de touches picturales ; en reculant, tout s’assemble et offre une vue large et richement colorée sur la côte varoise. C’est d’ailleurs le conseil que je donnerais à quiconque regarde cette œuvre, même en reproduction : prendre le temps de faire ces allers-retours entre le détail et l’ensemble.
Posez d’abord les yeux sur le tronc. Il n’est pas brun. Il est rose, saumon, presque chair, strié de mauve dans ses creux. À son pied, les racines rampent sur une terre rouge, comme des veines à nu. La lumière se pose là, sur l’écorce, avant de toucher la mer.
Une touche pour chaque matière
Observez comment Theo van Rysselberghe change de geste selon ce qu’il peint. La mer se fragmente en petits traits horizontaux, turquoise, cobalt et blanc. Elle scintille sans qu’un seul reflet soit décrit. Le ciel se dépose en virgules pâles, vert d’eau et rose. Le tronc reçoit de longues touches qui épousent sa torsion. À droite, les rochers s’organisent en facettes claires, presque taillées. Le point rond de Seurat a disparu. Le principe divisionniste demeure : des couleurs pures, posées côte à côte, que l’œil mélange à distance. Regardez le rose du pin contre le bleu-vert de l’eau. Ces complémentaires se répondent et chauffent la surface. Les ombres ne sont jamais noires, elles virent au violet.
Theo van Rysselberghe : le peintre gantois et son rivage
Né à Gand en 1862, Theo van Rysselberghe cofonde à Bruxelles le Groupe des XX, foyer de l’avant-garde. Sa rencontre avec Seurat l’oriente vers la division des tons. Le littoral varois devient ensuite son motif. Le titre, pourtant, ne nomme aucun lieu. Il faut une lettre de K.A. Citroen, datée du 29 août 1995 et citée dans la notice du Centraal Museum, pour situer la vue à Saint-Clair. Une étiquette du marchand G.J. Nieuwenhuizen Segaar, à La Haye, garde la trace du parcours néerlandais de la toile. Et le pin se dresse là, devant l’horizon que cette lettre décrit.
Actualité : le centenaire à la Villa Théo à Saint-Clair
L’année 2026 marque le centenaire de la disparition du peintre : il s’est éteint le 13 décembre 1926 dans la villa du Lavandou qui porte aujourd’hui son nom. Pour l’occasion, la Villa Théo, à Saint-Clair, lui consacre une exposition hommage du 10 octobre 2026 au 6 mars 2027, ouverte du mardi au samedi, de 10 h à 12 h et de 14 h à 17 h. Le commissariat est assuré par Raphaël Dupouy et Natacha Payen. L’exposition réunit une trentaine d’œuvres issues pour l’essentiel de collections privées, complétées par des prêts de la Fondation des Treilles et du musée Georges-Borias d’Uzès. Elle revient sur le rôle de passeur du peintre gantois : cofondateur du Groupe des XX à Bruxelles, il fut l’un des intermédiaires majeurs entre les avant-gardes belge et parisienne, et son œuvre méridionale, dont relève ce Paysage du Midi de 1916, est née de son installation sur ce littoral varois. Une occasion rare de voir ses paysages de la côte dans le lieu même où ils ont été conçus.
Source : Office de tourisme du Lavandou.
Une question pour vous
Monet aurait sans doute peint ce rivage en quelques traits ; van Rysselberghe le construit touche par touche : quelle méthode vous parle le plus ?
À propos de cette œuvre
- Paysage du Midi
- Theo van Rysselberghe
- 1916
- Huile sur toile
- 81 x 100 cm
- Centraal Museum, Utrecht
- https://collectie.centraalmuseum.nl/details/collection/18407
