
L’invention de la fête champêtre par Watteau
Au début du XVIIIᵉ siècle, Jean-Antoine Watteau (1684-1721) révolutionne la peinture française en créant un genre pictural inédit : la fête galante ou fête champêtre. Rompant avec la peinture d’histoire stricte du règne de Louis XIV, il met en scène l’élégance aristocratique au cœur d’une nature poétique, où le plaisir se teinte toujours d’une mélancolie éphémère.
Une théorie de l’amour et du temps sous les arbres
Un simple après-midi au jardin. C’en est un, et c’est aussi une théorie de l’amour cachée dans un tableau. Regarde de gauche à droite : à gauche des enfants, l’innocence ; au centre deux êtres qui se découvrent, le premier trouble ; à droite un couple déjà uni, l’amour accompli. Watteau n’a pas peint une scène, il a peint une durée : les trois âges d’une vie amoureuse, alignés sous les arbres. Watteau (1684-1721) a inventé pour cela un genre entier, la fête galante, et il en a fait, l’air de rien, une machine à penser le temps.
Car tout, dans cette félicité, dit déjà qu’elle passe. Les feuilles tournent à l’automne. La lumière baisse, c’est la fin de l’après-midi. Rien n’est arrêté : la scène est saisie à l’instant précis où le bonheur commence à s’en aller. C’est la signature de Watteau, cette grâce qui ne va jamais sans mélancolie, comme s’il ne pouvait peindre le plaisir qu’en y logeant sa fin.
Entre scène de jardin et décor de théâtre
Et c’est là que la toile nous atteint. On croit regarder une partie de campagne ; on regarde en réalité le raccourci d’une vie : l’enfance, le désir, la plénitude, et la clarté qui décline au-dessus de tout cela. Personne, dans le tableau, n’a l’air pressé. Nous, si : on voudrait retenir l’après-midi. On ne peut pas. C’est exactement ce que le peintre nous fait éprouver.
C’est le pendant, au jardin, ce qu’il installe sur une scène de théâtre : là un clown seul, immobile au milieu des rôles ; ici l’amour entier, déployé sous les arbres qui roussissent. Deux décors, une même conviction : chez Watteau, on n’est jamais aussi près de la beauté qu’à l’instant où elle commence à nous échapper.
Une question pour vous
Le peintre a caché la fin de l’amour dans les feuilles qui roussissent et la lumière qui baisse. L’aviez-vous remarqué avant qu’on vous le précise ?
Pour aller plus loin
- Fête champêtre, par Jean-Antoine Watteau, assisté de Jean-Baptiste Pater, vers 1718-1721
- 48.6 × 64.5 cm
- N° d’inventaire : 1954.295
- The Art Institute of Chicago, Peinture et sculpture d’Europe, galerie 216
- https://www.artic.edu/artworks/107938/fete-champetre-pastoral-gathering
