
Chaque 14 juillet, je cherche une œuvre qui me permette de regarder la Révolution française en face, dans toute sa complexité. Car cette période fondatrice est aussi paradoxale que fascinante : portée par un souffle d’idéaux universels, elle s’est aussi déployée dans la violence et le sang. C’est précisément cette tension qui m’a conduit vers cette représentation de la toute nouvelle Déclaration des droits de l’homme et du citoyen par Le Barbier. Quelque chose dans ce tableau m’a arrêté : la solennité du geste, l’idée qu’en quelques semaines de l’été 1789, des hommes ont tenté de mettre des mots définitifs sur ce qui rend une société juste. Qu’ils aient réussi ou non, ces mots ont traversé les siècles et les frontières, on les retrouve encore aujourd’hui dans les constitutions de dizaines de nations. C’est cette œuvre que j’ai voulu partager avec vous : non pas comme une relique, mais comme un miroir tendu vers notre présent.
Paris, août 1789. L’Assemblée constituante vient d’adopter dix-sept articles qui vont changer l’histoire du monde. Un peintre reçoit commande d’en fixer l’esprit pour l’éternité.
Une allégorie au service de l’Histoire
Regardez : deux figures dominent la composition. À gauche, la Monarchie tient des chaînes brisées, celles de la Tyrannie. À droite, le génie ailé de la Nation brandit le sceptre du Pouvoir. Entre eux, les dix-sept articles de la Déclaration s’inscrivent en lettres d’or sur fond sombre, séparés par un faisceau de licteur surmonté du bonnet phrygien. Au sommet, un triangle maçonnique rayonnant. Le Barbier peint à l’huile sur bois avec une précision quasi graphique. Chaque symbole est choisi, rien n’est décoratif. L’œuvre est à la fois tableau de chevalet et manifeste politique.
L’été 1789 en quelques centimètres carrés
L’Assemblée nationale constituante adopte la Déclaration du 20 au 26 août 1789. En quelques jours, elle proclame des droits jugés universels : liberté, propriété, sûreté, résistance à l’oppression. Le Barbier est chargé d’en produire le modèle officiel, celui que chaque citoyen pourra afficher. Ce petit format de 71 × 56 cm devient ainsi le premier support visuel de diffusion des Lumières révolutionnaires. Son ambition est populaire autant qu’allégorique.
Jean-Jacques-François Le Barbier, dit l’Aîné (1738-1826), peintre normand formé à l’Académie royale, reçu membre en 1780. Figure du néoclassicisme français, il est chargé par l’Assemblée constituante de représenter plusieurs moments fondateurs de la Révolution. Ce tableau en est l’acte le plus durable.
Un trésor du musée Carnavalet
Le musée Carnavalet classe ce tableau parmi ses plus grands trésors historiques, aux côtés de la chambre de Proust et du décor Mucha. Sa provenance est remarquable : c’est Georges Clemenceau qui l’offre au musée en 1896, héritée de son père.
Source : carnavalet.paris.fr
Une question pour vous
💭 Si vous deviez choisir une seule image pour résumer les idéaux de 1789, serait-ce celle-ci ?
Pour aller plus loin
- Déclaration des droits de l’homme et du citoyen, par Jean-Jacques-François Le Barbier, auteur du modèle, vers 1789
- 71 x 56 cm, huile sur bois
- Paris Musées, Musée Carnavalet, Histoire de Paris
- https://www.parismuseescollections.paris.fr/fr/musee-carnavalet/oeuvres/declaration-des-droits-de-l-homme-et-du-citoyen-4
- Redécouvrez le texte complet de la Déclaration des droits de l’homme et du citoyen






