
À retenir
Ferme du Pouldu appartient à la période bretonne de Paul Sérusier, peintre né à Paris en 1864. Réalisée en 1890, deux ans après sa rencontre avec Paul Gauguin à Pont-Aven, cette huile sur toile illustre les principes du synthétisme et du mouvement des Nabis, dont Sérusier fut l’un des fondateurs aux côtés de Maurice Denis, Émile Bernard, Pierre Bonnard et Édouard Vuillard. La composition simplifie les formes et les couleurs d’une cour de ferme bretonne, privilégiant l’organisation décorative de la surface plutôt que l’imitation du réel. Conservée à la National Gallery of Art de Washington, l’œuvre marque un tournant décisif dans l’histoire de la peinture moderne, entre héritage impressionniste et rupture post-impressionniste.
Encore un style de tableau moderne pour l’époque. Sérusier est l’un des membres fondateurs du Groupe des Nabis, aux côtés de Bonnard, Maurice Denis ou Vuillard. Je découvre cette œuvre avec intérêt. Elle montre une scène rurale simple traitée avec des couleurs éclatantes et des formes simplifiées. On n’est plus dans la représentation fidèle du réel ici : on est dans le synthétisme, ce courant où la couleur et la forme traduisent une émotion, une sensation intérieure, plutôt qu’une copie fidèle du paysage. Il s’agit d’une création assumée et revendiquée. Je trouve intéressante cette démarche nouvelle, portée par une vraie réflexion sur ce que doit être la peinture. N’est-ce pas résolument moderne ?
La ferme du Pouldu
Regardez d’abord cette diagonale jaune, presque électrique, qui tranche le mur de chaume. Le soleil frappe la façade en biais, il découpe une lumière franche, sans nuance. Une femme en coiffe blanche traverse la cour, minuscule dans sa robe bleu marine. Le ciel n’a rien de la douceur atlantique. Il est bleu franc, presque dur, saturé jusqu’aux branches nues des arbres. À droite, une meule de foin s’étale, presque solaire. Le peintre signe discrètement en bas à droite, loin de cette explosion chromatique.
Paul Sérusier
Sérusier peint cette ferme en 1890, deux ans après un séjour décisif à Pont-Aven. À la Pension Gloanec, il croise Paul Gauguin, qui lui donne une leçon de peinture devenue célèbre. Gauguin l’invite à exagérer les couleurs, à simplifier les formes, loin de toute imitation fidèle de la nature. Durant l’été 1888, il partage cette expérience avec d’autres artistes. Tous sont attirés par l’éloignement rural de la Bretagne, ses costumes traditionnels et sa foi ancienne. Sérusier se forme à l’Académie Julian, à Paris. Il rejoint le cercle des Nabis, aux côtés d’Émile Bernard et de Maurice Denis. Ce mot hébreu signifie prophète. Denis résume leur ambition dans une formule devenue célèbre : un tableau reste avant tout une surface plane, recouverte de couleurs en un certain ordre. Ici, la lumière n’est plus modelée en ombres minutieuses. Elle devient aplat, contour net, motif linéaire et sinueux. Les petits coups de pinceau hachurés, visibles dans le ciel et le toit de chaume, trahissent l’influence de Cézanne. Les Nabis nomment cette démarche le synthétisme. C’est une unité picturale voulue, assumée, éloignée de toute copie fidèle du paysage breton.
Ressentir
La chaleur de cette cour de ferme se devine presque au toucher. Le jaune de la meule de foin vibre contre le bleu profond du ciel. Rien n’est doux ici, tout est tranché, contrasté, presque brutal dans son économie de moyens. On pourrait croire à une scène paisible de Bretagne rurale, une femme qui rentre chez elle, un jour ordinaire. Pourtant Sérusier ne cherche pas la tranquillité champêtre. Il construit une tension. D’un côté, la simplicité du motif : une ferme, une paysanne, un portail. De l’autre, la radicalité du traitement pictural. Cette toile ne raconte pas vraiment une histoire. Elle impose une présence colorée, presque abstraite pour son époque. Le sujet réel n’est peut-être pas la ferme du Pouldu. C’est l’organisation même des couleurs et des lignes sur la toile, un ordre inventé plutôt qu’observé.
Actualité : une exposition événement au musée Sérusier
Depuis avril 2026, le musée Sérusier de Châteauneuf-du-Faou, dans le Finistère, propose « Musée Sérusier, La collection révélée : second regard », une exposition visible jusqu’au 10 janvier 2027. Elle rassemble plus de 200 œuvres issues des collections du musée, dont plusieurs sont dévoilées au public pour la première fois. Installé dans la commune où Paul Sérusier a passé ses dernières années aux côtés de son épouse Marguerite, elle-même peintre, ce musée permet de replacer une toile comme Ferme du Pouldu dans le contexte plus large de la période bretonne de l’artiste, entre Pont-Aven et le Finistère.
Source : musée Sérusier
Une question pour vous
Cézanne dans la touche, Gauguin dans la couleur : lequel des deux domine vraiment dans cette toile ?
À propos de cette œuvre
- La Ferme du Pouldu
- Paul Sérusier
- 1890
- Huile sur toile
- 72 × 60 cm
- National Gallery of Art, Washington D.C.
- https://www.nga.gov/artworks/116570-farmhouse-le-pouldu
