
À retenir
Peinte vers 1912 par Maurice Denis, alors qu’il séjourne dans sa villa bretonne « Silencio », Baigneuses à Perros-Guirec s’inscrit dans une longue série de scènes de plage que le peintre nabi consacre à la Côte de Granit Rose. L’œuvre marie la géométrie héritée des Baigneuses de Cézanne à une palette qui « méditerranéise » le rivage breton sous une lumière éclatante. Denis y associe le spectacle balnéaire à une vision presque sacrée de la nature et de la féminité. L’huile sur toile, conservée au Petit Palais, porte une dédicace à son ami le peintre et sculpteur nabi Georges Lacombe.
J’aime particulièrement cette toile parce qu’elle raconte, mieux que beaucoup d’autres, l’histoire intime d’un peintre et d’un lieu. Maurice Denis n’a pas simplement peint Perros-Guirec de passage : il y a possédé une maison, il y a élevé sa famille, il y a peint pendant plus de trente ans.
En 1908, Denis achète la villa « Silencio y Descanso » (« silence et repos »), une demeure néo-médiévale dominant la plage de Trestrignel, à Perros-Guirec. Il en fait sa résidence d’été et y installe un atelier jusqu’à sa mort, en 1943. C’est là, face à la mer, qu’il peint cette scène de baigneuses vers 1912, une toile qu’il offrira ensuite en dédicace à son ami Georges Lacombe, sculpteur et peintre lui-même proche du groupe nabi.
Cette Baigneuses à Perros-Guirec n’est pas un cas isolé : les plages bretonnes forment l’un des grands cycles thématiques de l’œuvre de Denis, familier de ces rivages depuis l’enfance. On y retrouve son goût pour les figures géométrisées, hérité de l’étude attentive des Baigneuses de Cézanne, mais traité avec une couleur montée en intensité, typique de ces années où le Fauvisme bouleverse la peinture française.
Baigneuses à Perros-Guirec
Le sable clair de Trestrignel occupe le premier plan. Des baigneuses s’y installent, debout ou allongées, certaines dévêtues avec une pudeur toute classique, d’autres encore vêtues de robes légères. Les rayures rouges et jaunes d’un maillot de bain deviennent, sous le pinceau de Denis, de purs motifs colorés, presque abstraits. Plus loin, la Pointe du Château s’avance dans une mer d’un bleu profond, ancrant fermement la scène dans la topographie réelle de Perros-Guirec. La lumière, dense et chaude, baigne l’ensemble d’une clarté presque méditerranéenne, une Bretagne réinventée par le soleil.
Maurice Denis
Maurice Denis achète en 1908 la villa Silencio, au-dessus de la plage de Trestrignel. Il y passe désormais l’essentiel de ses étés, entouré de sa famille, et y peint un grand nombre de toiles consacrées au motif balnéaire. Baigneuses à Perros-Guirec, vers 1912, appartient à cette veine. La composition s’organise selon des tracés géométriques rigoureux, que Denis emprunte directement à son étude des Baigneuses de Cézanne, peintre qu’il admire et qu’il contribue à faire reconnaître comme un maître de l’art moderne. Mais la couleur, elle, doit davantage au moment : contemporaine du Fauvisme, la toile affiche des teintes vives qui « méditerranéisent » le rivage breton pourtant baigné d’une lumière bien plus grise, en réalité, que celle du Midi. Pour Denis, théoricien du mouvement nabi et fervent catholique, cette scène de jeu et de bain n’est jamais un simple prétexte pittoresque : l’activité ludique des baigneuses, dans sa naïveté même, rend hommage selon lui à la nature divine de la création.
Un bonheur tranquille
Il y a dans cette toile une forme de bonheur tranquille. Denis peint ici les jours heureux qu’il vit à Perros-Guirec, loin de l’agitation parisienne, entouré des siens. La dédicace à Georges Lacombe, rappelle que cette peinture appartient aussi à un cercle d’amitiés : celui des Nabis, ce groupe de jeunes artistes qui, vingt ans plus tôt, s’étaient donné pour nom un mot hébreu signifiant « prophètes ». En 1925, alors que sa carrière touche à son apogée, Denis confiera son attachement à ce paysage en des termes sans détour : jamais, disait-il en substance, la nature ne lui était apparue aussi belle qu’à Perros-Guirec. Regardez la toile en gardant cette confidence en tête : chaque figure, chaque touche de couleur porte un peu de cette gratitude.
Actualité : une exposition inédite consacrée à la collection personnelle de Maurice Denis
Du 7 mai 2026 au 31 janvier 2027, le musée départemental Maurice Denis, installé dans l’ancienne demeure du peintre à Saint-Germain-en-Laye, présente Maurice Denis collectionneur : Bonnard, Gauguin, Sérusier… Cette exposition inédite dévoile pour la première fois la collection personnelle de l’artiste : près de 150 œuvres de Gauguin, Van Gogh, Bonnard, Sérusier, Vuillard ou Maillol. Elle reconstitue l’atmosphère de ses différentes demeures, dont sa maison-atelier. Elle bénéficie du soutien du musée d’Orsay, du musée de Pont-Aven et de plusieurs musées des Beaux-Arts en région. L’occasion de mieux comprendre le monde artistique et amical, celui-là même qui unissait Denis à Georges Lacombe, dans lequel s’inscrit une toile comme Baigneuses à Perros-Guirec.
Source : musée départemental Maurice Denis
Pour aller plus loin
- Baigneuses à Perros-Guirec, par Maurice Denis, entre 1909 et 1912
- Huile sur toile, 98 x 122 cm
- Paris Musées, Petit Palais, musée des Beaux-arts de la Ville de Paris
- https://www.parismuseescollections.paris.fr/fr/petit-palais/oeuvres/baigneuses-a-perros-guirec
