
À retenir
Nature morte aux coloquintes, peinte par Henri Matisse vers juillet 1916, appartient à la période où l’artiste, installé à Issy-les-Moulineaux, s’approprie certaines stratégies du cubisme inventées par Pablo Picasso, sans en adopter la grille systématique. L’huile sur toile, conservée à la Barnes Foundation de Philadelphie, représente un motif d’atelier : un buste de la série Jeannette, une sellette, un bouquet et un plat de coloquintes, disposés dans un espace comprimé où contours noirs et zones de couleur se dissocient. Cette dissociation, associée à de larges surfaces laissées en réserve, situe l’œuvre parmi les expérimentations les plus abstraites de Matisse durant la Première Guerre mondiale, avant son retour à une figuration plus apaisée dans les années 1920.
Voici un Matisse plutôt expérimental, peint en 1916, en pleine Première Guerre mondiale, une période où l’artiste s’aventure le plus loin dans l’abstraction. J’y ressens fortement l’influence du cubisme, que Matisse s’approprie à sa manière : ces plans différents, ces zones juxtaposées ou superposées qui organisent presque toute la surface en une trame presque géométrique. On y retrouve pourtant bien le style de Matisse, ses jeux de couleurs qui se répondent, la liberté de composition et de formes qui marqueront durablement son travail. J’aime particulièrement ce tableau, qui captive mon regard : chaque élément y est traité de façon spécifique, ce qui donne du rythme à l’ensemble. Le plan est pourtant très compressé, la table et les fruits penchent vers l’avant dans un équilibre presque impossible, comme si l’espace lui-même refusait de se stabiliser. Seul le cadre doré, très classique, vient perturber cette rigueur et me rappelle que Matisse n’a jamais totalement quitté sa propre tradition picturale, même dans ses expérimentations les plus radicales.
Voir la Nature morte aux coloquintes
Les contours noirs de Henri Matisse cernent des aplats. Ils ne coïncident jamais tout à fait avec eux : gris, jaune, rose, posés en léger décalage. Une sellette porte un buste. Une table porte un bouquet de fleurs et un plat de fruits. Le mur, le sol et la table se confondent en un même gris continu. Il n’y a ni ombre portée, ni profondeur classique.
Comprendre Henri Matisse
Matisse peint cette nature morte vers juillet 1916, en pleine Première Guerre mondiale. L’œuvre se situe à la fin d’une période où l’artiste explore intensément les stratégies cubistes de Pablo Picasso. Il en retient les contours noirs marqués et la superposition des plans. Il s’affranchit pourtant de la grille rigide du cubisme analytique. Sa trouvaille technique tient en un geste simple : dissocier la couleur du contour. Les zones grises, jaunes et roses débordent des lignes noires, ou s’arrêtent avant elles. Ce léger décalage crée du mouvement à la surface. De larges surfaces restent en réserve, notamment dans le feuillage et le bouquet. Le décor suggère l’atelier de Matisse à Issy-les-Moulineaux. On y reconnaît un buste de sa série Jeannette et une fenêtre en arrière-plan. Le cadre d’un tableau voisin dépasse sur la gauche. Cette scène d’atelier ancre l’abstraction dans un lieu précis, presque documentaire.
Ressentir
Regardez la lumière du bouquet. Elle ne vient pas d’un pinceau, mais d’un vide : la toile intacte qui respire entre les feuilles. Cette astuce simple crée un effet de contre-jour, comme si la fenêtre derrière irradiait encore la pièce. Une seconde lumière, plus chaude, semble venir de la droite. Elle vient peut-être d’une porte restée hors champ, et projette des taches ocres vers le bas. L’abstraction de Matisse n’efface pas le monde. Elle le retient par fragments, gris sur gris, dans la lumière précise d’un atelier en temps de guerre.
Actualité : Matisse et la mode à Nice
Jusqu’au 28 septembre 2026, le Musée Matisse de Nice consacre une exposition à Matisse et Yves Saint Laurent. Elle s’intitule « Le beau, la mode et le bonheur », avec 160 œuvres entre peinture et haute couture. Elles viennent des collections du musée et de la Fondation Pierre Bergé Yves Saint Laurent. Le parcours montre comment le goût de Matisse pour les motifs a nourri l’univers du couturier.
Source : Musée Matisse Nice
Une question pour vous
Matisse retient du cubisme les contours noirs et les plans superposés, mais en dissocie la couleur. Est-ce encore un emprunt au cubisme, ou déjà autre chose ?
À propos de cette œuvre
- Nature morte aux coloquintes
- Henri Matisse (1869-1954)
- 1916
- Huile sur toile
- 100 x 81,3 cm
- The Barnes Foundation, Philadelphie
- https://collection.barnesfoundation.org/objects/5435/Still-Life-with-Gourds-(Nature-morte-aux-coloquintes)/
