
Paris, 1913. Dans son atelier, Henri Matisse révolutionne la nature morte. Devant lui, une capucine humble devient pure symphonie chromatique. Le peintre ne cherche pas à reproduire le réel, mais à libérer la couleur de toute contrainte spatiale.
Quand la couleur devient espace
Un bleu profond envahit la toile. Il n’est plus ni fond, ni mur, ni ciel. Il existe pour lui-même, vibrant, souverain. La plante fleurie s’y déploie avec ses feuilles rondes vert émeraude et ses fleurs jaunes, rouges. Au-dessus, une assiette turquoise flotte comme une lune mystérieuse. Matisse abolit la perspective traditionnelle. Les objets ne reposent plus dans un espace tridimensionnel crédible. Ils habitent un monde de couleurs pures, où chaque teinte dialogue avec les autres. L’huile est appliquée avec une liberté déconcertante, les contours structurent la composition.
La révolution de la nature morte
Cette œuvre marque un tournant dans l’art du 20e siècle. Matisse s’affranchit des conventions académiques pour affirmer la primauté de la couleur. Influencé par le fauvisme qu’il a cofondé, il pousse ici la logique décorative à son paroxysme. La nature morte devient prétexte à une exploration audacieuse. Le motif se transforme en élément purement pictural, au service d’une harmonie visuelle inédite.
Henri Matisse, maître de la couleur
Henri Matisse (1869-1954) compte parmi les artistes les plus influents de son temps. Sa recherche constante d’équilibre par la couleur traverse toute sa carrière. Ici, en 1913, il ouvre la voie à l’abstraction tout en conservant le sujet reconnaissable.
Une question pour vous
💭 Observez comment Matisse libère la couleur de son rôle descriptif : reconnaissez-vous dans votre quotidien ces moments où une couleur vous saisit indépendamment de l’objet qui la porte ?
À propos de cette œuvre
- Fleurs et porcelaine (La capucine)
- Henri Matisse
- 1913
- Huile sur toile
- 93,5 x 82,5 cm
- Städel Museum, Francfort-sur-le-Main
- https://sammlung.staedelmuseum.de/en/work/flowers-and-china-the-capuchin-cress





