
Davos, 1918. Loin du chaos de la guerre, l’artiste allemand Ernst Ludwig Kirchner trouve un nouveau souffle créatif. Face à son chevalet, il capte l’essence d’une jeune femme qui tient un bouquet d’œillets roses, fragment de douceur dans un monde bouleversé.
Un portrait aux couleurs expressionnistes
Les teintes vibrent sur la toile. Le bleu profond de la robe contraste avec les tons chauds du visage aux traits stylisés. Kirchner simplifie les formes, allonge le cou, géométrise le visage. Les œillets roses éclatent à gauche, masse florale presque abstraite. Derrière Maryli, un paysage montagnard se dessine : maisons alpines, sommets anguleux. La touche est vive, nerveuse. Les aplats de couleur se juxtaposent sans souci de réalisme. Cette huile sur toile révèle l’intensité émotionnelle propre à l’expressionnisme allemand.
L’exil suisse, renaissance artistique
En 1917, Ernst Ludwig Kirchner fuit l’Allemagne, brisé par la Première Guerre mondiale. À Davos, il reconstruit sa vie et son art. Le paysage alpin imprègne désormais ses compositions. Il inspire aussi de jeunes sculpteurs suisses comme Hermann Scherer et Albert Müller. Dans ce refuge montagnard, Kirchner renouvelle sa palette, adoucit parfois ses formes tout en conservant cette urgence expressive qui définit Die Brücke, mouvement qu’il cofonda à Dresden en 1905.
Ernst Ludwig Kirchner, l’artiste visionnaire
Ernst Ludwig Kirchner (1880-1938) demeure l’un des pionniers de l’expressionnisme. Son œuvre explore l’aliénation moderne, la sensualité, l’angoisse. À Davos, il peint des paysans, des paysages, des portraits empreints d’une humanité retrouvée.
Une question pour vous
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À propos de cette œuvre
- Maryli (Jeune femme au bouquet d’œillets)
- Ernst Ludwig Kirchner
- 1918-1919
- Huile sur toile
- 91,44 × 81,28 cm (36 × 32 in.)
- Los Angeles County Museum of Art (LACMA), Broad Contemporary Art Museum
- https://collections.lacma.org/node/233350
Die Brücke et les origines du mouvement
Ernst Ludwig Kirchner (1880-1938) est l’un des fondateurs de Die Brücke (« Le Pont »), groupe expressionniste constitué à Dresde en 1905. Le groupe, qui réunit également Fritz Bleyl, Erich Heckel et Karl Schmidt-Rottluff, marque une rupture radicale avec le naturalisme académique : couleurs non naturalistes, déformation délibérée des formes, expressivité émotionnelle prioritaire sur la ressemblance. Die Brücke se dissout en 1913, mais son influence sur l’art allemand et européen du XXe siècle est considérable. Maryli, peint en 1918-1919, est une œuvre de la période alpine de Kirchner, qui a quitté Berlin pour Davos en 1917, épuisé par la guerre et par des problèmes de santé graves.
Davos : renouveau et tragédie finale
Le départ de Kirchner pour Davos en 1917 marque une transformation profonde de son œuvre. Le contact avec les paysages alpins, les habitants de la montagne et une lumière radicalement différente de celle des villes renouvelle sa palette et ses sujets. Maryli appartient à cette période de renouveau : les pics anguleux et les maisons de l’arrière-plan sont caractéristiques de son traitement de l’environnement alpin. Mais ce refuge suisse ne le protège pas de l’histoire : en 1937, les nazis confisquent 639 de ses œuvres dans les musées allemands dans le cadre de l’exposition « Entartete Kunst » (Art Dégénéré). Cette destruction symbolique de son œuvre, combinée à l’annexion de l’Autriche en 1938, le conduit au suicide le 15 juin 1938 à Davos. Un musée lui est aujourd’hui consacré dans cette même ville.
Une oeuvre au LACMA
Maryli est conservée au Los Angeles County Museum of Art (LACMA), dans la section Broad Contemporary Art Museum. Le LACMA possède l’une des collections les plus importantes d’art expressionniste allemand aux Etats-Unis, résultat en partie de l’émigration d’œuvres et de collectionneurs européens fuyant le nazisme dans les années 1930 et 1940. La présence de ce tableau à Los Angeles est donc indirectement liée aux persécutions que Kirchner a lui-même subies. L’œuvre est référencée sous le numéro de collection 233350.
