
Rome, 1740. Batoni peint une scène où les muses prennent chair : cinq femmes incarnent les arts dans un dialogue silencieux. Au centre de la composition, la Peinture règne, assise près de son chevalet, palette en main.
Une hiérarchie artistique mise en scène
Observez la disposition des figures. La Peinture occupe le cœur de la toile, baignée de lumière. Devant elle se tient la Poésie, couronnée de lauriers, qui lui souffle l’inspiration. À gauche, la Sculpture la contemple, son regard levé vers elle. L’Architecture et la Musique, reléguées à l’arrière-plan, complètent cette assemblée. Les drapés soyeux ondulent. Chaque pli témoigne d’une grande maîtrise technique. Les carnations douces, les gestes délicats créent une atmosphère de grâce. Batoni gomme toute trace de pinceau : sa touche lisse comme un émail rend hommage au classicisme.
Le débat du Paragone au XVIIIe siècle
Cette hiérarchie visuelle reflète le « paragone », cette querelle artistique qui anime l’Europe depuis la Renaissance. Quel art mérite la suprématie ? Batoni répond sans ambiguïté : la peinture. Elle synthétise les autres disciplines, capable de représenter l’espace architectural, la forme sculptée, l’émotion poétique. Dans la Rome du 18e siècle, cette affirmation a valeur de manifeste. Les académies débattent, les artistes rivalisent. Batoni défend son médium avec élégance.
Batoni, un maître du néoclassicisme romain
Pompeo Girolamo Batoni (1708-1787) incarne le raffinement pictural romain. Portraitiste recherché par l’aristocratie européenne, il développe un style où rigueur classique et sensibilité moderne se conjuguent. Cette allégorie concentre son art : dessin impeccable, coloris harmonieux, composition équilibrée.
Une question pour vous
💭 Quelle place accorderiez-vous à chaque art dans votre panthéon personnel ?
À propos de cette œuvre
- Allégorie des Arts
- Pompeo Girolamo Batoni
- 1740
- Huile sur toile
- 175,4 × 138 cm
- Städel Museum, Francfort-sur-le-Main
- https://sammlung.staedelmuseum.de/en/work/allegory-of-the-arts



