
À retenir
Rêverie (Träumerei), peinte par Ludwig von Hofmann en 1898, est une huile sur bois conservée à l’Alte Nationalgalerie de Berlin. Cette œuvre de jeunesse illustre l’attachement de l’artiste allemand, membre de la Sécession berlinoise dès 1898, aux courants symboliste et Art nouveau autour de 1900. Le tableau reprend le titre d’une lithographie publiée par Hofmann dans la revue Pan en 1896 et partage ses traits avec un autre portrait, Flora, réalisé la même année selon la tradition familiale pour des fiançailles. Le musée y reconnaît la fiancée du peintre, Eleonore Kekulé von Stradonitz, qu’il épouse à Berlin en 1899. Le panneau, taillé pour un cadre italien ancien, associe peinture et encadrement en un ensemble unique.
Nous voici devant une œuvre onirique dont le titre est lui-même parfaitement évocateur : Rêverie (Träumerei en allemand). J’aime le côté coloré, chaleureux : la scène d’arrière-plan est paisible sous une lumière douce de fin de journée. Le personnage au premier plan regarde au loin, dans le vague, plongé dans cette rêverie qui donne son titre au tableau. Je trouve que les lignes courbes et les détails ornementaux créent un sentiment d’envoûtement, une atmosphère élégiaque et symbolique caractéristique des œuvres de jeunesse de Hofmann. Toute la scène est rêverie, autant pour le regardeur que pour le personnage représenté là. Et fait notable, la fiche du musée le confirme explicitement : la représentation de profil fait volontairement référence aux portraits féminins de la Renaissance florentine, comme le portrait de profil d’une jeune femme de Botticelli que nous avons vu récemment sur Vmuseum.
Une tige verte s’enroule dans les cheveux bruns, retenue par deux fleurs mauves à peine ouvertes. Ludwig von Hofmann peint ce détail avec la même attention que le visage qu’il encadre, en 1898.
Rêverie : le corps de profil, la lumière du soir
Le regard fuit vers l’horizon, la tête tournée en un profil pur. Derrière elle, des falaises ocre s’embrasent sous un soleil bas, percées d’une grotte sombre. Un croissant de lune apparaît déjà dans un ciel pâle, presque vert. L’eau, sombre et immobile, porte des rochers blancs comme des reflets de neige sur la rive. La peau, dorée par la lumière du soir, tranche avec le bleu profond de l’eau derrière elle. Un pin isolé se dresse au loin, des silhouettes vêtues de blanc se tiennent près de l’eau : tout semble suspendu entre le jour et la nuit. Hofmann peint à l’huile sur un panneau de bois de 45 x 70,5 cm. Un motif végétal rouge, sinueux, encadre la scène et court jusque sur le support lui-même, comme un lierre peint. La signature, discrète, se love en bas à gauche du tableau.
Un tableau né des fiançailles de Ludwig von Hofmann
Hofmann avait déjà publié une lithographie du même titre dans la revue Pan, en 1896. Deux ans plus tard, le visage peint ici reprend les traits d’un autre portrait, Flora, réalisé selon la tradition familiale pour des fiançailles. Le musée y reconnaît la fiancée du peintre, Eleonore Kekulé von Stradonitz, fille de l’archéologue Reinhard Kekulé von Stradonitz, professeur à Darmstadt. Elle est aussi sa cousine. Le couple se marie à Berlin en 1899. Le panneau de bois, découpé pour s’adapter à un cadre italien ancien, reprend un geste que le sculpteur Reinhold Begas avait employé pour le portrait de son épouse : unir le support et son cadre en une seule œuvre.
Un symboliste de la Sécession berlinoise
Né à Darmstadt en 1861, Hofmann étudie d’abord le droit avant de se tourner vers la peinture, à Dresde puis à l’Académie Julian à Paris, où il découvre Puvis de Chavannes. Il rejoint la Sécession berlinoise dès sa fondation, en 1898, aux côtés de Max Liebermann. Ses séjours italiens, à Fiesole notamment, nourrissent durablement son univers pictural, entre mythologie et paysage méditerranéen. Il enseignera plus tard à Weimar puis à Dresde. L’écrivain Gerhart Hauptmann et le romancier Thomas Mann comptent parmi ses admirateurs.
Actualité : 150 ans de l’Alte Nationalgalerie
En 2026, l’Alte Nationalgalerie, où est conservée Rêverie de Ludwig von Hofmann, célèbre le 150e anniversaire de son bâtiment sur l’Île aux musées de Berlin. Le musée met à l’honneur à cette occasion Paul Cassirer, marchand d’art qui a joué un rôle déterminant dans la diffusion de l’impressionnisme français en Allemagne, avec une exposition présentée jusqu’au 27 septembre 2026.
Source : Alte Nationalgalerie
Une question pour vous
Et si le cadre peint, ce lierre rouge qui grimpe sur le panneau, n’était pas un simple ornement, mais la revendication d’un art total où peinture et cadre ne font plus qu’un ?
À propos de cette œuvre
- Rêverie (Träumerei)
- Ludwig von Hofmann
- 1898
- Huile sur bois
- 45 x 70,5 cm
- Alte Nationalgalerie, Berlin
- https://search.smb.museum/object/obj-961278
