
À retenir
Coupe de fruits est une nature morte cubiste peinte en 1921 par Louis Marcoussis (1883-1941), artiste d’origine polonaise installé à Paris en 1903 et rattaché à l’École de Paris. Réalisée selon la technique du fixé sous verre, elle est peinte au revers d’une plaque de verre : les détails sont posés en premier, les aplats du fond en dernier. La composition associe un compotier, des fruits et des feuilles traités en plans, pointillés et tirets. Elle appartient à la production de fixés sous verre que Marcoussis développe au début des années 1920, présentée dès 1926 à la galerie Jeanne Bucher. L’œuvre est conservée à la Barnes Foundation, à Philadelphie.
Lorsque j’ai découvert cette œuvre, j’ai d’abord été frappé par son rendu très lisse, presque brillant. J’ai compris pourquoi en lisant le cartel : il s’agit d’une peinture sous verre, ou « fixé sous verre ». Le peintre travaille au revers d’une plaque de verre, et c’est donc à travers le verre que l’on regarde l’image. Aucune trace de pinceau, aucun relief de matière : la surface est parfaitement uniforme, et j’aime beaucoup ce rendu. La technique impose aussi de peindre à l’envers, en commençant par les détails du premier plan pour finir par le fond, ce qui demande une vraie maîtrise.
L’œuvre elle-même est typique du travail cubiste de Marcoussis, ce peintre d’origine polonaise installé à Paris en 1903 et rattaché à l’École de Paris. Au début des années 1920, il réalise de nombreux fixés sous verre, une technique qu’on rapproche souvent de la peinture populaire sur verre de son pays natal. C’est un petit format carré de 33 cm de côté, mais il fourmille de détails. On reconnaît facilement la coupe et les fruits, malgré le découpage des formes en plans. La texture et les ombres sont aussi très travaillées, faites de pointillés ou de fins traits, qui animent les surfaces et compensent l’absence de relief. C’est pour moi ce qui rend l’œuvre si attachante : une nature morte modeste en apparence, où le cubisme devient presque précieux.
Regardez le fruit brun ouvert, en haut à droite. Sa chair pâle est semée de points rouge orangé, posés un à un. Juste à côté, un quartier détaché répète le motif. Sous vos yeux, la couleur ne bouge pas. Elle brille, froide et nette, comme sous une vitrine.
Ce que cache la surface de cette Coupe de fruits
Observez maintenant la facture. Le pied du compotier est strié de petits tirets gris. Les feuilles, sous les fruits, sont faites de pointillés serrés. Dans un fixé sous verre, ces détails se peignent en premier, directement contre la vitre. Les aplats de blanc, de noir et de vert viennent ensuite, par-derrière. Ils passent derrière les tirets sans jamais les masquer. Pendant qu’il travaille, Marcoussis voit donc son image de dos. Même la signature se peint en miroir, pour se lire à l’endroit. Autour de la scène, une petite bordure orange joue le rôle de cadre. Tout autour, un champ bleu et un champ orange évoquent un mur et une table. Le tableau semble posé dans sa propre pièce.
Louis Marcoussis et son époque
Né à Varsovie en 1883, Ludwik Markus arrive à Paris en 1903. Apollinaire lui suggère de prendre le nom d’un village voisin de Paris : Marcoussis. Vers 1910, il rejoint le cubisme et expose à la Section d’Or en 1912. Figure de l’École de Paris, il reste attaché au langage cubiste. Un an après cette Coupe de fruits, en 1922, Albert Barnes crée sa fondation à Philadelphie. L’œuvre y est conservée. En 1926, la galerie Jeanne Bucher expose ses gouaches et ses sous-verres.
Actualité de la Barnes Foundation
Si la Coupe de fruits de Marcoussis appartient aux collections permanentes de la Barnes Foundation, le musée de Philadelphie consacre cet automne sa grande exposition temporaire à un tout autre chapitre de l’histoire de l’art : Noguchi to Asawa: Designing Postwar America (20 septembre 2026 – 10 janvier 2027). Cette exposition explore l’apport des artistes et designers japonais-américains, d’Isamu Noguchi à Ruth Asawa, à l’esthétique de l’Amérique d’après-guerre. Une occasion de redécouvrir, lors d’une même visite, l’accrochage singulier du musée voulu par Albert Barnes, où les œuvres cubistes côtoient Cézanne, Matisse et Picasso.
Source : Barnes Foundation.
Une question pour vous
Si vous deviez accrocher cette Coupe de fruits à côté d’une seule nature morte de Cézanne, laquelle choisiriez-vous ?
À propos de cette œuvre
- Coupe de fruits
- Louis Marcoussis
- 1921
- Peinture sous verre (fixé sous verre)
- 33 x 33 cm
- The Barnes Foundation, Philadelphie
- https://collection.barnesfoundation.org/objects/5084/Fruit-Bowl-(Coupe-de-fruits)/
