Bruxelles, 1634. Van Dyck doit immortaliser un aristocrate français en exil, séduisant, ambigu, flamboyant. Le peintre flamand saisit l’instant avec une précision redoutable.
Le portrait d’un dandy en armure oubliée
Regardez cet homme. Il se tient debout, souverain, sur fond de rochers et de ciel tourmenté. Ses cheveux bruns tombent en boucles souples sur un large col de dentelle. Le pourpoint beige brodé et la culotte rouge vif, galonnée d’or, attire l’œil immédiatement. À ses pieds gît une armure sombre, presque négligée. Van Dyck travaille avec virtuosité : le satin brille, la dentelle frémit, le cuir absorbe la lumière. Chaque texture parle.
Un exilé entre guerre et frivolité
En mars 1634, van Dyck quitte la cour de Charles Ier d’Angleterre et retourne aux Pays-Bas méridionaux. Il y peint plusieurs aristocrates français réfugiés à Bruxelles, partisans de Marie de Médicis en exil. Henri II de Lorraine est l’un d’eux. Issu de la puissante maison de Guise, nommé archevêque de Reims à quinze ans, il préfère pourtant les champs de bataille aux cathédrales. Sa devise résume tout : « Il n’y a que deux choses dans la vie : la guerre et les femmes. » Après Nördlingen, il s’installe vraisemblablement dans la suite du cardinal-infant Ferdinand, nouveau gouverneur des Pays-Bas méridionaux. L’armure à ses pieds rappelle ses récents engagements militaires, mais son allure dit autre chose.
Anthony van Dyck
Anthony van Dyck (Anvers, 1599 – Londres, 1641) forme son style auprès de Rubens avant de s’imposer comme le portraitiste baroque de référence en Europe. Peintre de Charles Ier, il maîtrise l’art de donner aux puissants exactement l’image qu’ils désirent, ou qu’ils méritent.
Une question pour vous
💭 Quel homme van Dyck a-t-il vraiment peint le soldat, le séducteur, ou l’aristocrate en quête d’identité ?
À propos de cette œuvre
- Henri II de Lorraine
- Sir Anthony van Dyck
- vers 1634
- Huile sur toile
- 204,6 × 123,8 cm
- National Gallery of Art, Washington
- https://www.nga.gov/artworks/34046-henri-ii-de-lorraine







