
Weimar, 1924. László Moholy-Nagy, âgé de vingt-sept ans, entre dans les ateliers du Bauhaus. Il enseigne, expérimente, rêve de fusionner l’art et l’industrie. Il peint ses convictions.
La géométrie comme langue universelle
Sur fond noir absolu, des rectangles verticaux s’assemblent en silencieuse harmonie. Vert mousse, bleu acier, ocre doré, noir dense : les couleurs dialoguent sans se heurter. Une barre diagonale blanc-gris traverse la composition de l’angle supérieur droit au coin inférieur gauche. Elle tranche. Elle dynamise. Elle rompt la staticité des formes verticales avec une énergie physique. La touche est lisse, maîtrisée, presque industrielle. Moholy-Nagy efface toute trace de main. La peinture devient matière froide, précise, intentionnelle. En bas à droite, un petit carré orange éclate comme une note finale inattendue.
L’utopie constructiviste en action
En 1924, le Bauhaus de Weimar forge une nouvelle vision du monde. L’art doit servir la société, s’allier à la technique, refuser l’ornement superflu. Moholy-Nagy incarne cette ambition mieux que quiconque. Influencé par le constructivisme russe et De Stijl, il cherche un langage visuel universel. « Construction » n’est pas une décoration : c’est un manifeste silencieux. Chaque forme affirme que beauté et fonction ne s’opposent pas.
László Moholy-Nagy
László Moholy-Nagy (1895-1946) naît en Hongrie. Autodidacte fougueux, il expérimente la photographie, la sculpture lumineuse, le cinéma et le design. Professeur visionnaire au Bauhaus, il fonde ensuite le New Bauhaus à Chicago en 1937. Sa peinture traduit sa conviction : l’artiste est un ingénieur du sensible.
Une question pour vous
💭 En 1924, Kandinsky enseigne à quelques ateliers de là. Deux visions de l’abstraction se côtoient au Bauhaus. Laquelle, selon vous, a le plus marqué l’art du XXe siècle ?
À propos de cette œuvre
- Construction
- László Moholy-Nagy
- 1924
- Huile sur toile
- 78 × 66 cm
- Städel Museum, Francfort-sur-le-Main
- https://sammlung.staedelmuseum.de/en/work/construction






