
À retenir
Peinte à quatre mains, La Tour de Babel du KMSKA, le Musée royal des beaux-arts d’Anvers, associe deux peintres flamands : Tobias Verhaecht (1561-1631), spécialiste du paysage, et Jan Brueghel l’Ancien (1568-1625), auteur des détails. Cette huile sur bois illustre l’épisode de la Genèse où Dieu brouille la langue des bâtisseurs. Elle reprend un sujet déjà traité par Pieter Bruegel l’Ancien, notamment à Vienne en 1563, et relève du paysage-monde flamand. Sa date d’exécution reste imprécise, mais antérieure à la mort de Jan Brueghel en 1625.
Jan Brueghel l’Ancien, surnommé « Brueghel de Velours » pour la qualité et la finesse de sa peinture, nous présente ici l’épisode biblique de la Tour de Babel, tiré de la Genèse. Avec ses 172 × 225 cm, le tableau est presque monumental, à la mesure de la tour elle-même, et ce parti pris est intéressant. On y retrouve tous les détails du récit : une carrière de terre destinée à fabriquer des briques, des fours en pleine cuisson, et la tour, grandiose et gigantesque, restée inachevée puisque Dieu a brouillé le langage des hommes en leur faisant parler des langues différentes. Les couleurs sont belles et le rendu majestueux. Les personnages, minuscules et très nombreux, sont écrasés par la taille de l’édifice, ce qui fait bien sentir la démesure de l’entreprise. C’est ce que j’aime dans cette peinture : on peut s’y attarder longtemps, entre les ouvriers en pleine action, les paysages, le port et ses bateaux, et la tour elle-même, véritable prouesse architecturale. Ce goût du détail rappelle que Jan est le fils de Pieter Bruegel l’Ancien, qui a peint plusieurs Tours de Babel, dont celle de Vienne (1563). Mais sa touche miniaturiste et sa maîtrise de la couleur sont bien les siennes.
Au pays de Shinéar, après le Déluge, des hommes cuisent des briques pour atteindre le ciel. On attendrait un drame. On découvre une ruche laborieuse : fours, barques, ouvriers, et un roi qui ne voit pas l’orage.
La Tour de Babel, un chantier sous les nuages
Observez la tour : elle monte par gradins, arcade sur arcade, gris-vert sous les nuages. Colossale, mais pas triomphante. Autour d’elle, la vie grouille. À gauche, un four à briques rougeoie près d’un pont en arc et d’une rivière où glissent des barques. À droite, une grande roue de bois et une carrière entaillent la roche. L’huile sur bois permet cette précision : ouvriers, chariots et voiliers restent lisibles malgré l’échelle. Les couleurs restent sourdes, verts profonds et bruns. Un ciel d’orage pèse sur le sommet.
Jan Brueghel l’Ancien et Tobias Verhaecht, deux mains, une tour
Deux mains se partagent ce panneau, et les sources ne s’accordent pas toutes. Selon le magazine du KMSKA, Tobias Verhaecht installe l’édifice dans un paysage-monde, à la manière de Patinir. Sa tour rappelle le Colisée. Jan Brueghel l’Ancien ajoute les détails minuscules. La fiche de la collection du KMSKA, elle, ne cite que Brueghel. La Bible ne nomme pas le maître d’œuvre ; la tradition juive y place Nemrod. Au premier plan à droite, le roi visite le chantier, turban sur la tête, sceptre en main. Il ne voit pas les nuages noirs au-dessus de lui.
Jan Brueghel l’Ancien (1568-1625) est le dernier fils de Pieter Bruegel l’Ancien. Sa couleur et sa touche miniaturiste font sa réputation. Souvent, il confie les figures à d’autres peintres. Ici, c’est lui qui peuple le décor d’un autre. Tobias Verhaecht (1561-1631), paysagiste, fut le premier maître de Rubens. Deux peintres flamands, un seul chantier.
Actualités : Les Brueghel à Milan
Jan Brueghel l’Ancien à l’honneur à Milan en 2026. Du 29 septembre 2026 au 31 janvier 2027, le Palazzo Reale de Milan présente « I Brueghel. Le origini dei generi pittorici in Europa » (« Les Brueghel. Les origines des genres picturaux en Europe »), première grande exposition italienne consacrée à la dynastie flamande. Plus de quatre-vingts peintures, dessins et estampes retracent trois générations d’artistes : Pieter Bruegel l’Ancien, son fils Pieter Brueghel le Jeune, qui diffuse les modèles paternels à grande échelle, et Jan Brueghel l’Ancien, artiste cosmopolite qui séduit des commanditaires prestigieux lors de ses séjours en Italie, dont le cardinal Federico Borromeo. L’exposition montre comment la famille a contribué à fonder les genres qui structurent la peinture européenne : paysage, nature morte, scènes de vie paysanne et batailles. Un an plus tôt, le musée de Flandre à Cassel consacrait une rétrospective à Jan Brueghel l’Ancien pour les 400 ans de sa disparition.
Source : Palais royal de Milan
Une question pour vous
Sur ce chantier voué à l’échec, quelqu’un a étendu du linge et nourri des poules. Les avez-vous trouvés ?
À propos de cette œuvre
- La Tour de Babel
- Jan Brueghel l’Ancien (avec Tobias Verhaecht)
- Huile sur bois
- 172 × 225 cm
- KMSKA, Musée royal des beaux-arts d’Anvers (inv. 947)
- https://kmska.be/fr/chefdoeuvre/la-tour-de-babel
