
À retenir
La nourrice et l’enfant est une huile sur toile peinte en 1877-1878 par Eva Gonzalès, unique élève reconnue d’Édouard Manet et figure associée à l’impressionnisme sans en avoir jamais rejoint le groupe. Réalisée à Dieppe, l’œuvre montre une nourrice assise près d’une grille de jardin, veillant distraitement sur une fillette. Présentée au Salon de 1878 sous le titre Miss et bébé, elle constitue une réponse personnelle au Chemin de fer de Manet, tableau auquel elle emprunte la composition tout en s’en distinguant par l’ouverture de l’espace. Conservée à la National Gallery of Art de Washington, elle est considérée comme l’une des réalisations les plus abouties d’une artiste à la carrière brève, interrompue par sa mort en 1883.
Avec une touche impressionniste, sans l’être vraiment, voici Eva Gonzalès. Je découvre vraiment cette artiste en parcourant les collections de la National Gallery of Art à Washington, et je suis immédiatement conquis par son talent de peintre. Elle sait rendre cet instant volé d’une nourrice accompagnant une petite fille au parc : l’une joue, l’autre rêve peut-être, le regard un peu perdu dans le vague. Je suis frappé par la capacité de Gonzalès à traduire cette atmosphère automnale à travers la seule couleur et la seule lumière, pas besoin de feuilles mortes ni de ciel gris pour sentir la saison. L’ombrelle posée à terre, presque oubliée, témoigne à elle seule de l’absence de soleil fort ; tout est au repos ici, et ce calme diffus transparaît jusque dans la touche, plus posée que vive. C’est le genre de tableau devant lequel on ralentit sans trop savoir pourquoi. visuel pur.
Une ombrelle gît, renversée, sur le sol du jardin. L’intérieur turquoise capte la lumière ; l’extérieur couleur parchemin se confond avec la terre battue. En 1877, Eva Gonzalès pose son chevalet devant une grille couverte de lierre.
Une matière héritée de Manet, un espace qui s’en affranchit
La touche est ample, sensuelle, les formes posées sans surcharge de détail. Gonzalès reprend là le vocabulaire de son maître, Édouard Manet : contrastes marqués d’ombre et de lumière, palette sourde, accents noirs. Mais un détail intrigue. La nourrice occupe le centre de la toile, or rien n’indique ce sur quoi elle est assise. Sa robe rose pâle masque entièrement le siège, seul un éclat de peinture blonde près du coude en laisse deviner l’accoudoir. Elle semble presque flotter dans l’embrasure de la grille.
Un dialogue silencieux avec Le Chemin de fer
Gonzalès n’invente pas cette scène de toutes pièces. La National Gallery of Art la présente comme un hommage discret au Chemin de fer de Manet (1873), conservé dans les mêmes collections : même jeu entre une figure assise qui regarde le spectateur et une enfant tournée vers la grille. Là où Manet enferme ses personnages entre grillage noir et premier plan étroit, Gonzalès ouvre l’espace vers le jardin. Présenté au Salon de 1878 sous le titre Miss et bébé, allusion à la nationalité anglaise, alors signe de prestige, des nourrices employées dans la haute société, le tableau reçoit un accueil partagé : le critique Eugène Véron salue la fillette mais juge la nourrice mal modelée, tandis que Castagnary loue la vivacité de la touche.
Eva Gonzalès
Unique élève jamais reconnue par Édouard Manet, Eva Gonzalès n’expose qu’au Salon, jamais avec le groupe impressionniste. Elle meurt en 1883, des suites de couches, six jours seulement après son mentor.
Actualité : une première rétrospective pour Eva Gonzalès au Petit Palais
Longtemps restée dans l’ombre de Berthe Morisot ou Mary Cassatt, Eva Gonzalès fait l’objet depuis le 15 septembre 2026 de sa toute première grande rétrospective, présentée au Petit Palais à Paris jusqu’au 24 janvier 2027 sous le titre « Eva Gonzalès. Parcours d’une artiste libre ». Près de 100 œuvres, peintures, pastels et gravures, y retracent la trajectoire chronologique de l’artiste. L’exposition, coorganisée avec le Van Gogh Museum d’Amsterdam où elle voyagera en février 2027, ne présente pas La nourrice et l’enfant (conservée à la National Gallery of Art de Washington), mais elle offre un contexte précieux pour redécouvrir l’ensemble de l’œuvre de la peintre, unique élève d’Édouard Manet.
Source : Petit Palais
Une question pour vous
Elle peint comme les impressionnistes, mais n’expose jamais avec eux. Est-elle vraiment impressionniste ?
À propos de cette œuvre
- La nourrice et l’enfant
- Eva Gonzalès
- 1877-1878
- Huile sur toile
- 65 × 81,4 cm
- National Gallery of Art, Washington D.C.
- https://www.nga.gov/artworks/135512-nanny-and-child
