
Cette scène m’évoque d’emblée une joyeuse réunion entre amis. Il m’a fallu un moment pour repérer le fameux jeu du bretzel : bien qu’il s’agisse du motif central du tableau, il reste discrètement placé dans la pénombre, presque en retrait de la lumière qui éclaire les visages. Les deux personnages tirent chacun sur une extrémité du bretzel, espérant en emporter le plus gros morceau et avec lui, la réalisation d’un vœu.
Ce qui me frappe surtout, c’est le jeu de regards entre les protagonistes. Aucun mot n’est prononcé, et pourtant tout semble se dire dans les yeux : Van Bijlert a choisi de saisir l’instant qui précède le dénouement, celui où rien n’est encore joué. Une légère tension s’installe, presque taquine, car le jeu ne fait que commencer, le troisième personnage tend justement le gâteau vers sa partenaire, en un geste d’invitation à continuer de jouer.
C’est une scène de genre vive et enjouée, typique du goût hollandais pour les plaisirs simples de la sociabilité. Mais comme souvent dans la peinture du Siècle d’or, cette légèreté apparente pourrait cacher un sens plus grave : le bretzel, aussi vite rompu que partagé, peut se lire comme un rappel discret de la fragilité et de la brièveté de l’existence, un écho voilé aux vanités si chères aux peintres de cette époque.
Vos yeux se posent d’abord sur ces deux doigts qui referment la pâte dorée d’un bretzel. Autour, quatre visages se penchent, une coupe se lève, un pichet verse son eau.
Ce que cache la surface
Jan van Bijlert peint cette scène de taverne vers 1630-1640, dans les tons bruns du caravagisme utrechtois. La lumière tombe sur les mains et les visages, laissant le bretzel presque dans l’ombre. Ces deux doigts qui referment la pâte pourraient signaler une tricherie, dans ce jeu où l’on tire pour obtenir le plus gros morceau. Sur la table : un pichet d’argent, des pretzels, une coupe de sel.
L’artiste et son époque
Van Bijlert naît à Utrecht vers 1597. Formé auprès d’Abraham Bloemaert, il voyage à Rome où il découvre l’art de Caravage. De retour dans sa ville natale, il rejoint les peintres caravagesques d’Utrecht, aux côtés de Honthorst et Ter Brugghen. Il peint des scènes de genre vives, puis des sujets religieux plus classiques.
Une actualité qui résonne
En 2026, le Centraal Museum d’Utrecht, qui conserve Le jeu du bretzel de Jan van Bijlert, consacre à Gerard van Honthorst (1592-1656) sa première grande rétrospective, intitulée « Gerard van Honthorst – Different to Rembrandt » (« Différent de Rembrandt »), visible du 25 avril au 13 septembre 2026. L’exposition réunit une soixantaine de peintures et une trentaine de dessins provenant de collections internationales, dont le Musée du Louvre, la Royal Collection britannique et la Galleria Borghese. Honthorst, tout comme van Bijlert, comptait parmi les grands représentants de l’école caravagesque d’Utrecht, ce courant pictural marqué par l’influence du Caravage et de ses forts contrastes de lumière.
Source : Centraal Museum
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À propos de cette œuvre
- Le jeu du bretzel
- Jan van Bijlert
- vers 1630-1640
- Huile sur toile
- 108,5 x 137,4 cm
- Centraal Museum, Utrecht
- https://collectie.centraalmuseum.nl/details/collection/13294






