
La rencontre du Christ et de la Samaritaine au puits est un sujet maintes fois traité dans l’histoire de l’art, des primitifs italiens jusqu’au baroque. Ce qui retient ici mon attention, au-delà du format intimiste, pourtant remarquablement abouti pour ses dimensions modestes, c’est la tonalité bienveillante que Badalocchio insuffle à la scène. Nous sommes au cœur du baroque classicisant issu de l’école des Carracci, dont le peintre est l’un des héritiers directs, et l’on retrouve dans cette toile ce souci d’équilibre et de vérité humaine qui caractérise ce courant : les regards échangés, la stature posée des personnages, la sobriété de la composition. Rien d’ostentatoire, rien de théâtral. Le geste du Christ traduit avec justesse un accueil sans jugement, ce qui est précisément le cœur de cet épisode évangélique. C’est à mes yeux un bel exemple de peinture intime du début du XVIIe siècle, où l’histoire se dit moins par l’éclat que par la présence.
Ce n’est pas une scène de miracle. Ou plutôt rien ici ne ressemble à ce que l’on attendrait d’une rencontre entre le divin et l’humain.
Ce que la toile garde pour elle
Regardez la main du Christ. Un index tendu, presque hésitant. Pas de foudre, pas de révélation spectaculaire. La Samaritaine tient son pichet. Elle écoute ou résiste encore, on ne sait pas. C’est là la tension que Sisto Badalocchio laisse ouverte. La technique est d’une précision sobre : huile sur toile de petit format, 39,3 × 29,4 cm, avec des rehauts lumineux sur les étoffes rouge et or qui structurent la composition. Les craquelures du vernis ajoutent une patine presque respirante. Le peintre travaille les regards avec une économie de moyens rare.
Un tableau de salle à manger
Voilà ce qui me touche dans l’histoire de cette œuvre. Vers 1609-1610, Badalocchio peint cette scène en quittant Rome, après des années dans l’atelier d’Annibale Carracci. Il revient à Parme, formé à l’école bolonaise, imprégné de ce naturalisme classicisant qui cherche la vérité dans la chair plutôt que dans le symbole. Des siècles plus tard, ce petit format orne la salle à manger des Brentano, famille marchande de Francfort. L’inventaire de leur collection, dressé avant que le Städel n’acquière plusieurs de ces tableaux en 1870, le précise sans équivoque. Une peinture faite pour la proximité. Pour le repas partagé. Pour être vue de près, presque en confidence.
Badalocchio, élève des Carracci, reste aujourd’hui l’un des représentants discrets de ce baroque tempéré, entre Rome et Parme, entre le souffle de Raphaël et l’ombre portée du Caravage.
Le Städel Museum à l’honneur en 2026
Le musée qui conserve cette toile est particulièrement actif cette saison. Du 19 mars au 5 juillet 2026, le Städel présente une grande exposition consacrée à la découverte artistique d’Étretat, réunissant quelque 170 œuvres dont vingt-quatre Monet. Un programme qui confirme le rang de ce musée parmi les grandes institutions européennes.
Source : staedelmuseum.de
Une question pour vous
Si vous deviez situer cette toile sur une ligne entre Raphaël et le Caravage, où poseriez-vous le curseur, et pourquoi ?
À propos de cette œuvre
- Le Christ et la Samaritaine au puits
- Sisto Badalocchio
- vers 1609-1610
- Huile sur toile
- 39,3 × 29,4 cm
- Städel Museum, Francfort-sur-le-Main
- https://sammlung.staedelmuseum.de/en/work/christ-with-the-samaritan-woman-at-the-well






