
À retenir
L’Automne, peint par Corrado Giaquinto vers 1740-1750, appartient au mouvement rococo qui se développe à Rome durant la première moitié du XVIIIe siècle. Formé à Naples avant de s’installer à Rome puis à Madrid comme peintre de la cour de Ferdinand VI, Giaquinto y développe un style annonçant celui de Tiepolo. La toile met en scène Bacchus et des figures mythologiques dans un paysage abondant, allégorie de la saison automnale. Elle appartenait à l’origine à une série de quatre allégories des saisons, dont seul l’Hiver a également survécu ; Printemps et Été sont aujourd’hui perdus. Conservée à la National Gallery of Art de Washington, l’œuvre entre dans les collections en 2001 par donation de la famille Rizik.
L’Automne est une œuvre allégorique qui évoque la saison à travers des figures et une scène mythologique. On y voit Bacchus, allongé, une couronne de pampres sur la tête et un drap rouge corail noué à la taille. Il se fait servir du jus de raisin par un homme barbu vêtu d’une peau de guépard qui presse des grappes à mains nues au-dessus de sa coupe. Autour d’eux, différents personnages : les hommes au premier plan participent aux agapes, tandis que des femmes se tiennent au second plan.
J’aime ce traitement rococo qui reste simple et riche à la fois, tout en rondeur et en douceur : les corps sont modelés sans dureté, les gestes sont lents, presque paresseux. Les fruits et le raisin abondent, jusque sous les pieds de Bacchus posés sur un tas, comme si le sol lui-même débordait de la récolte. Toute la lumière est mise sur Bacchus qui reste le personnage central de la scène.
Je suis frappé par le traitement du paysage, qui occupe presque la moitié gauche de la toile avec une végétation dense d’arbres et de buissons, quand la droite s’ouvre sur des collines et des montagnes brumeuses. Le ciel, lui, glisse d’un ton pêche à l’horizon vers un bleu crépusculaire dans la partie haute, un dégradé qui donne à toute la scène cette lumière de fin de journée, comme si l’automne n’était pas seulement une saison représentée, mais une heure précise, celle où la lumière commence tout juste à baisser.
Regardez la main de l’homme de droite. Deux doigts pressent une grappe, une goutte tombe dans la coupe que Bacchus tend. Ce geste minuscule reste presque invisible dans la composition. Il condense pourtant tout le sujet du tableau : la vendange transformée en nectar, sous vos yeux.
L’Automne
Corrado Giaquinto peint cette scène vers 1740, en pleine maturité, après avoir quitté Naples pour Rome en 1727. Le glacis posé sur le ciel explique la transition douce entre pêche et bleu du zénith. Plusieurs couches transparentes superposées, typiques du coloris rococo romain, laissent la lumière traverser la matière. Même souplesse dans le modelé des chairs, construites par glacis successifs plutôt que par contraste marqué. Formé à Naples, Giaquinto développe à Rome un classicisme plus retenu. Il devient ensuite peintre de la cour du roi Ferdinand VI à Madrid. L’Automne appartenait à l’origine à une série de quatre allégories des saisons. Seul l’Hiver a survécu à ses côtés ; le Printemps et l’Été ne subsistent que par des photographies anciennes.
Corrado Giaquinto et son époque
Giaquinto naît à Molfetta, dans le royaume de Naples, avant de rejoindre Rome en 1727. Il s’impose comme l’un des représentants majeurs du rococo romain de son temps. Son style annonce directement celui de Giovanni Battista Tiepolo, qui lui succède à la cour d’Espagne. La National Gallery conserve justement une toile de Tiepolo de 1762, pensée en écho à cet héritage. Giaquinto meurt en 1766, quatre ans après son retour en Italie.
Rien dans la scène ne date précisément la saison : ni feuilles mortes, ni récolte terminée. Seul le titre impose l’automne à une bacchanale intemporelle. Impossible de trancher : n’est-ce vraiment l’automne, ou l’abondance, costumée pour l’occasion ?
La série des Quatre Saisons
L’Automne ne doit pas être lu isolément : il appartient à l’origine à un cycle allégorique complet des quatre saisons peint par Corrado Giaquinto dans les années 1740, en pleine maturité artistique. Le Printemps et l’Été de cette série ont aujourd’hui disparu et ne subsistent que sous forme de photographies anciennes, tandis que l’Automne et l’Hiver ont traversé les siècles ensemble et sont aujourd’hui tous deux conservés à la National Gallery of Art. Le tableau illustre l’automne à travers une scène bachique : Bacchus et des figures mythologiques allongées dans un paysage luxuriant, entourées de grappes de raisin, de figues et d’un pressoir improvisé, dans une atmosphère alanguie typique du style rococo de l’artiste. Avant d’entrer dans les collections du musée en 2001 par donation de la famille Rizik de Washington, l’œuvre a circulé entre plusieurs galeries new-yorkaises dans les années 1930-1940 et a notamment été exposée à Birmingham (1931), New York (1932), Memphis (1938) et San Francisco (1941), un parcours qui atteste de sa reconnaissance précoce sur le marché américain.
Une question pour vous
Si vous deviez restituer le cycle complet à partir des seules photographies du Printemps et de l’Été, quel indice chercheriez-vous d’abord : la palette, la pose, ou le motif végétal ?
À propos de cette œuvre
- L’Automne
- Corrado Giaquinto
- vers 1740-1750
- Huile sur toile
- 108,4 x 151,5 cm (42 11/16 x 59 5/8 po)
- National Gallery of Art, Washington D.C.
- https://www.nga.gov/artworks/119006-autumn
