
À retenir
Peinte par Paul Cézanne vers 1891-1892, Nature morte aux pommes et aux poires est une huile sur toile conservée au Metropolitan Museum of Art de New York, où elle entre en 1960 avec le legs de Stephen C. Clark. Le peintre aixois, figure majeure du post-impressionnisme, y représente des pommes de Provence et des poires cultivées près de la propriété familiale d’Aix. Il abandonne la perspective à point de fuite unique et montre fruits, assiettes et table sous plusieurs angles. La nature morte devient un terrain d’expérimentation de l’espace. Le marchand Ambroise Vollard achète le tableau vers 1899-1900.
Je sors de la magnifique exposition « Cezanne et nous » au Grand Palais (voir plus bas les informations sur cette exposition), et j’en suis encore subjugué. En rentrant, j’ai eu envie de vous faire redécouvrir Cézanne à travers une œuvre que je trouve particulièrement parlante : cette Nature morte aux pommes et aux poires, conservée au Metropolitan Museum de New York.
Je l’ai choisie parce qu’elle témoigne vivement de la modernité de Cézanne. Il rejette l’académisme et la perspective classique, avec son point de fuite unique. Au contraire, il observe son sujet depuis plusieurs points de vue à la fois : comme le souligne le Met, les fruits, les assiettes et la table semblent vus de face, d’en haut et de côté. Le résultat est un tableau où tout paraît instable, mais doté d’une énergie incomparable.
Au premier abord, tout semble simple : quelques pommes de Provence, des poires cueillies près de la propriété familiale d’Aix, une nature morte comme tant d’autres. Pourtant, ce qu’on voit est très différent. Le regard circule dans la toile, rebondit d’un fruit à l’autre, attiré par ces changements de perspective. Faites l’essai : l’assiette, la voyez-vous de face ou d’au-dessus ? Cézanne aurait dit vouloir « étonner Paris avec une pomme ». Devant cette toile, je comprends qu’il y soit parvenu.
L’exposition du Grand Palais montre bien l’influence que Cézanne a eue sur des générations d’artistes : Picasso, qui le décrivait comme « notre père à tous », mais aussi Matisse, Mondrian, Zao Wou-Ki, Joan Mitchell et tant d’autres. Si vous avez l’occasion de venir à Paris d’ici le 17 janvier 2027, faites un arrêt au Grand Palais : cette exposition le mérite. Vous m’y croiserez peut-être, car j’y retournerai !
Sur l’assiette de droite, une petite étoile brune creuse la pomme. C’est l’œil du fruit, tourné vers vous. Vous le regardez de face, presque d’en haut. Juste à côté, une poire se dresse de profil. Deux regards sur une même table. L’espace hésite déjà. Ou plutôt, il refuse de choisir.
Nature morte aux pommes et aux poires
Regardez les contours. Cézanne cerne ses fruits d’un trait bleuté, repris, parfois interrompu. La ligne enferme la forme, puis la laisse respirer. Le volume ne naît pas de l’ombre. Il naît de la couleur, qui glisse du jaune au rouge, puis au vert. Chaque touche pose un plan. La matière reste pourtant mince : par endroits, le grain de la toile affleure. Observez l’assiette de gauche. Elle bascule vers vous, vue en plongée. La table, elle, se présente presque de face. Fruits, assiettes et table y sont vus de face, en plongée et de côté. Tout est solide. Rien n’est stable. La toile ne tranche pas.
Paul Cézanne et son époque
Paul Cézanne naît à Aix-en-Provence en 1839. En 1874, il expose avec les impressionnistes, puis s’en éloigne. Il cherche une peinture construite, durable. Le public tarde à le suivre. Sa première exposition personnelle a lieu chez Ambroise Vollard, en 1895. Cette nature morte la précède de quelques années. Vollard l’achète plus tard à l’artiste. Figure majeure du postimpressionnisme, Cézanne meurt en 1906.
Actualité : l’exposition « Cezanne et nous » au Grand Palais
Paris consacre en ce moment une grande et magnifique exposition à Cézanne. « Cezanne et nous » est présentée au Grand Palais du 23 septembre 2026 au 17 janvier 2027. Elle est coproduite par Grand Palais Rmn, le Centre Pompidou et l’Établissement public des musées d’Orsay et de l’Orangerie. Près de 180 œuvres, dont environ 70 de Cézanne, retracent l’influence du peintre aixois sur plus d’un siècle de création, de Gauguin, Matisse et Picasso à Mondrian, Joan Mitchell, Bridget Riley et Peter Doig. Le parcours évoque aussi les premières expositions organisées par Ambroise Vollard, le marchand qui a fait connaître Cézanne.
Source Grand Palais RMN.
Une question pour vous
Quelques années plus tard, Picasso et Braque montreront un objet sous plusieurs angles à la fois. Voyez-vous déjà le cubisme poindre dans cette assiette ?
À propos de cette œuvre
- Nature morte aux pommes et aux poires
- Paul Cézanne
- vers 1891-1892
- Huile sur toile
- 44,8 x 58,7 cm
- The Metropolitan Museum of Art, New York
- legs Stephen C. Clark, 1960, inv. 61.101.3
- https://www.metmuseum.org/art/collection/search/435883
